La Turquie imite l’OTAN en bâtissant une alliance militaire avec le Pakistan et l’Arabie saoudite
Les points importants
- Défense collective : l’accord de La Mecque reprend le principe de l’article 5 de l’OTAN, une attaque armée contre un membre étant considérée comme une attaque contre tous.
- Engrenage redouté : la Turquie pourrait être entraînée dans des conflits régionaux, du Yémen à l’Asie du Sud, sans bénéfice clair pour sa sécurité nationale.
- Expansion annoncée : Ankara veut élargir cette alliance à d’autres pays, dont l’Égypte, avec un secrétariat permanent en Arabie saoudite.
Abdullah Bozkurt/Stockholm
La Turquie s’apprête à établir une alliance de défense collective calquée sur l’OTAN avec le Pakistan et l’Arabie saoudite, créant ainsi un nouveau bloc de sécurité régional dans lequel une attaque armée contre l’un des membres serait considérée comme une attaque contre les trois, selon les explications détaillées fournies par un haut diplomate turc lors d’une audition parlementaire du 27 octobre.
Le vice-ministre des Affaires étrangères, Zeki Levent Gümrükçü, s’exprimant devant la commission des Affaires étrangères du Parlement turc, a établi des parallèles entre l’accord de La Mecque, signé par les trois pays le 7 août, et le système de défense collective de l’OTAN, précisant clairement qu’Ankara entend bâtir une alliance militaire institutionnalisée, susceptible d’être élargie à d’autres pays.
Son témoignage, obtenu par Nordic Monitor, a fourni l’une des explications officielles les plus claires des implications militaires et sécuritaires considérables de l’accord, notamment les obligations de défense mutuelle, les réponses conjointes aux menaces extérieures, la coordination militaire, le partage de renseignements et la mise en place de structures de gouvernance permanentes.
L’accord, approuvé à la hâte par la commission des Affaires étrangères malgré les objections des députés de l’opposition et sans examen par la commission de la Défense nationale, a suscité des inquiétudes quant à un possible enlisement de la Turquie dans des conflits régionaux impliquant l’Arabie saoudite et le Pakistan, exposant potentiellement les militaires turcs à des confrontations au Yémen, dans le golfe Persique et en Asie du Sud.
Au cœur de l’accord se trouve l’article 2, qui ressemble fortement au principe de défense collective de l’OTAN consacré à l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord. Il stipule explicitement qu’une attaque armée extérieure contre l’une des parties sera considérée comme une attaque contre toutes les parties. La disposition engage les trois gouvernements à assister un membre attaqué en utilisant toute la gamme d’assistance mutuelle à leur disposition, y compris les capacités militaires, sous réserve d’une évaluation de l’attaque et d’une détermination conjointe de la portée et de la nature de l’assistance.
Gümrükçü a reconnu la similitude avec les dispositifs de défense collective de l’OTAN, mais a souligné que la nouvelle alliance n’obligerait pas automatiquement la Turquie à entrer en guerre à chaque fois que le Pakistan ou l’Arabie saoudite serait attaqué.
Le texte intégral en anglais de l’accord Turquie-Pakistan-Arabie saoudite :
Il a expliqué qu’une telle automaticité n’existait pas davantage au sein de l’OTAN, faisant valoir que l’assistance militaire prévue par l’accord de La Mecque exigerait une demande d’un membre de l’alliance, une évaluation collective de la situation et un accord sur la réponse à apporter.
Le haut diplomate a indiqué que les trois pays évalueraient conjointement les circonstances avant de décider quel soutien militaire ou autre pourrait être fourni. Ces décisions seraient prises d’un commun accord, en tenant compte des procédures nationales et des obligations constitutionnelles de chaque gouvernement.
Il a en outre confirmé qu’un défaut de consensus empêcherait toute décision conjointe, donnant ainsi à chaque pays participant une voix dans la détermination de la réponse de l’alliance à une crise sécuritaire. Le même modèle de consensus prévaut également au sein de l’OTAN.
L’accord contient également un mécanisme de consultation comparable, dans son objectif, à l’article 4 de l’OTAN, en vertu duquel les alliés se consultent lorsque leur intégrité territoriale, leur indépendance politique ou leur sécurité est menacée. Gümrükçü a explicitement attiré l’attention sur cet article, qui prévoit des consultations régulières sur les questions de sécurité internationale et une coopération dans l’élaboration de mesures individuelles et conjointes contre les menaces. Ce mécanisme vise à permettre aux trois gouvernements de coordonner leurs évaluations des menaces régionales émergentes avant de décider si des mesures de défense collective s’imposent.
L’interprétation du vice-ministre des Affaires étrangères démontre que l’accord va au-delà de la coopération militaire bilatérale conventionnelle, posant les fondations d’une organisation multinationale de défense permanente modelée, à plusieurs égards, sur les pratiques institutionnelles et opérationnelles de l’OTAN.
Cependant, les dispositions de défense collective inspirées de l’OTAN ont suscité les critiques de députés qui ont mis en doute la nécessité d’une seconde alliance militaire et ont averti que la Turquie pourrait être entraînée dans des confrontations militaires impliquant l’Arabie saoudite ou le Pakistan sans bénéfice clairement défini pour sa sécurité nationale.

Les députés ont demandé quels bénéfices sécuritaires supplémentaires la Turquie tirerait de l’adhésion à une seconde alliance de défense collective alors qu’elle est déjà membre de l’OTAN, avertissant que l’accord pourrait imposer des obligations comparables à celles de l’OTAN, voire potentiellement supérieures.
Ils ont exprimé leurs inquiétudes quant à un possible enlisement de la Turquie dans des conflits régionaux impliquant l’Arabie saoudite et le Pakistan, notamment la guerre au Yémen, les tensions avec l’Iran et d’éventuelles confrontations militaires entre le Pakistan et l’Inde. Ils ont également averti que les nouveaux engagements pourraient entrer en conflit avec les obligations existantes de la Turquie au sein de l’OTAN, nuire à ses relations diplomatiques et économiques et perturber le commerce et le transport maritime.
Des questions ont été soulevées concernant d’éventuels déploiements de troupes turques en Arabie saoudite, notamment leur mission, leur durée, leur chaîne de commandement et leur autorisation parlementaire. Les députés ont en outre souligné les ambiguïtés entre l’exigence du traité d’une assistance immédiate après une attaque armée et les assurances du gouvernement selon lesquelles l’engagement militaire dépendrait de consultations et d’un consensus.
Ils ont exigé des clarifications sur qui déterminerait les menaces, autoriserait les réponses militaires et supporterait les coûts financiers des déploiements, des armements et du soutien logistique. Ils ont également demandé comment les trois pays pourraient coordonner leurs opérations de lutte contre le terrorisme, étant donné leurs classifications divergentes des organisations terroristes.
Gümrükçü a rejeté l’idée selon laquelle l’accord entraînerait automatiquement la Turquie dans la guerre d’un autre pays. Il a maintenu que les décisions de défense collective exigeraient consultation et consensus, tandis que tout déploiement de troupes turques à l’étranger resterait soumis aux procédures constitutionnelles de la Turquie, y compris l’autorisation parlementaire lorsque celle-ci est requise.
L’article 8 de l’accord prévoit la création d’un comité stratégique politique et de défense composé des ministres des Affaires étrangères, des ministres de la Défense et des chefs d’état-major des pays participants. Le comité se réunira deux fois par an, tandis que les dirigeants des États membres pourront tenir des réunions annuelles si nécessaire.
L’accord établit également un secrétariat permanent dont le siège est en Arabie saoudite et dirigé par un secrétaire général nommé pour un mandat de trois ans, renouvelé par rotation. Le premier secrétaire général sera un ressortissant pakistanais. Ces dispositions institutionnelles doteraient l’alliance d’un mécanisme permanent de coordination politique et militaire, plutôt que de laisser la coopération dépendre uniquement de consultations bilatérales occasionnelles.
Une lettre datée du 20 octobre 2026, signée par le président turc Recep Tayyip Erdogan et soumise au Parlement, sollicitant l’approbation législative de l’accord de La Mecque sur la défense conjointe impliquant la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite, signé à La Mecque le 7 août 2026 :
Gümrükçü a confirmé que les trois membres fondateurs discutaient déjà du cadre organisationnel, bien qu’aucune décision contraignante sur la structure du secrétariat n’ait encore été prise. Il a estimé que la mise en place des arrangements institutionnels de l’alliance pourrait prendre environ six à douze mois.
Autre caractéristique importante : la possibilité d’élargir l’alliance au-delà de ses trois membres fondateurs. En vertu de l’article 8, les pays fondateurs peuvent approuver à l’unamimité des procédures d’admission d’États supplémentaires. Gümrükçü a déclaré au Parlement que la Turquie envisageait de faire évoluer l’organisation vers une structure de sécurité régionale plus large. Il a spécifiquement mentionné l’Égypte comme un pays qu’Ankara accueillerait favorablement dans l’alliance.
Gümrükçü a souligné que la Turquie serait ravie de voir l’Égypte adhérer, expliquant que la Turquie, le Pakistan, l’Arabie saoudite et l’Égypte coopéraient déjà par l’intermédiaire d’un mécanisme de consultation régionale connu sous le nom de R4. Selon lui, la distinction entre les trois membres fondateurs et les futurs participants pourrait à terme disparaître, à mesure que d’autres pays adhéreraient avec des droits et des obligations équivalents.
Les dispositions relatives à l’adhésion ressemblent au processus d’élargissement de l’OTAN en ce qu’elles exigent l’accord des membres existants, bien que le nouveau dispositif fonctionne selon son propre traité et ses propres procédures de décision. Gümrükçü a également confirmé que les futures adhésions seraient soumises à l’approbation du Parlement turc, tout comme Ankara a sollicité l’approbation législative pour l’admission de nouveaux membres de l’OTAN, à savoir la Suède et la Finlande.
L’émergence d’une autre organisation de défense collective impliquant la Turquie, membre de longue date de l’OTAN, a conduit les députés à se demander si la nouvelle alliance pourrait créer des obligations militaires qui se chevauchent ou entrent potentiellement en conflit. Gümrükçü a rejeté l’idée selon laquelle l’accord de La Mecque représenterait une alternative à l’OTAN, insistant sur le fait que les deux organisations se compléteraient plutôt qu’elles ne se feraient concurrence.
Il a fait valoir que les responsabilités de l’OTAN en matière de sécurité n’étaient pas confinées à une direction ou à une menace particulière et que l’instabilité au Moyen-Orient pouvait affecter directement la sécurité euro-atlantique. Le vice-ministre des Affaires étrangères a souligné le rôle de l’OTAN dans la sécurité européenne depuis sa création en 1949, attribuant au parapluie de sécurité collective de l’alliance le mérite d’avoir contribué au maintien de la paix sur le continent.
Il a présenté l’accord de La Mecque comme un effort des pays du Moyen-Orient pour développer un cadre comparable de responsabilité régionale et de dissuasion collective. Il a également révélé qu’Ankara avait formellement informé l’OTAN de l’accord peu après sa signature. Selon Gümrükçü, le représentant permanent de la Turquie a fait un exposé au Conseil de l’Atlantique Nord à deux ou trois reprises, expliquant d’abord le contenu du traité et ses principes directeurs, puis fournissant des informations complémentaires sur son fonctionnement prévu.
Il a affirmé que les alliés de la Turquie au sein de l’OTAN avaient réagi favorablement aux exposés et à la vision sous-tendant la nouvelle alliance de défense. L’accord lui-même contient une disposition préservant les obligations internationales existantes des parties. L’article 12 stipule qu’il ne porte pas préjudice aux droits et responsabilités découlant des accords internationaux déjà conclus par les gouvernements participants.
Transcription officielle de la réunion de la commission des Affaires étrangères du Parlement turc du 27 octobre 2026, documentant les délibérations sur l’accord de La Mecque, pacte de défense collective calqué sur l’OTAN impliquant la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite :
Néanmoins, le dispositif introduit pour la Turquie un engagement supplémentaire de défense collective, en plus de ses obligations envers l’OTAN, ce qui soulève la question de savoir comment Ankara gérerait des crises de sécurité simultanées impliquant des pays des deux alliances. Les implications potentielles sont particulièrement importantes car le Pakistan et l’Arabie saoudite sont confrontés à des défis de sécurité différents de ceux auxquels font face les alliés de la Turquie au sein de l’OTAN.
Le Pakistan, puissance nucléaire, connaît des tensions militaires récurrentes avec l’Inde et des confrontations sécuritaires le long de sa frontière avec l’Afghanistan. L’Arabie saoudite a été confrontée à des menaces sécuritaires régionales, notamment celles liées au conflit au Yémen. Les députés de l’opposition se sont demandé si l’accord pourrait entraîner des troupes turques dans des conflits impliquant l’un ou l’autre de ces pays, y compris une éventuelle confrontation avec les Houthis au Yémen.
Gümrükçü a cherché à rassurer les députés en affirmant que l’accord ne prévoyait pas de déploiement immédiat de forces turques en Arabie saoudite ou dans tout autre pays. Il a indiqué qu’aucun déploiement de troupes n’était actuellement prévu dans le cadre de l’alliance de défense de La Mecque et a souligné que les futurs déploiements à l’étranger devraient se conformer à l’article 92 de la Constitution turque, qui régit l’autorisation parlementaire pour l’envoi des forces armées turques à l’étranger.
Interrogé spécifiquement sur l’éventualité d’une participation turque au conflit yéménite aux côtés de l’Arabie saoudite, il a répondu qu’aucun plan de ce type n’existait à ce jour. Le vice-ministre des Affaires étrangères a également évoqué les spéculations selon lesquelles les capacités nucléaires du Pakistan pourraient fournir un parapluie de sécurité nucléaire aux autres membres de la nouvelle alliance. Il a déclaré que l’accord ne contenait aucune disposition relative aux armes nucléaires ni à une garantie nucléaire du Pakistan.
Tout en reconnaissant la question nucléaire, ses explications ont établi que les dispositions de défense collective du traité ne devaient pas être automatiquement interprétées comme une extension de la dissuasion nucléaire pakistanaise à la Turquie ou à l’Arabie saoudite.
Au-delà de la défense mutuelle, l’accord envisage une intégration militaire étendue et une coopération opérationnelle entre les pays participants. L’article 6 prévoit des échanges de personnel, des entraînements militaires conjoints, des exercices et des déploiements visant à améliorer l’interopérabilité entre les trois forces armées, en temps de paix comme en temps de guerre.
L’article 7 prévoit une coopération dans le domaine de l’industrie de défense, notamment la production conjointe, les transferts de technologie, la recherche et le développement, l’innovation et la formation de spécialistes. Une autre disposition, l’article 9, établit un cadre de partage de renseignements par des canaux sécurisés convenus d’un commun accord, sous réserve des exigences de sécurité de l’information, de protection des données et de confidentialité.
L’article 5 prévoit le renforcement de la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, y compris au niveau opérationnel, tandis que l’article 10 prévoit un soutien logistique mutuel comprenant armes, munitions, carburant, pièces de rechange et autres équipements, en temps de paix, en temps de guerre et dans d’autres circonstances extraordinaires.
Prises ensemble, ces dispositions faciliteraient un degré de coopération militaire, de renseignement et industrielle nettement plus large que ce qui est habituellement associé à une déclaration politique de partenariat stratégique.

L’accord instaure également un engagement institutionnel de long terme. L’article 16 prévoit que le traité restera en vigueur indéfiniment, le retrait ordinaire n’étant autorisé qu’après dix ans à compter de son entrée en vigueur et sous réserve d’un préavis d’au moins trois mois.
La restriction en matière de retrait a suscité les objections de députés qui ont fait valoir qu’un engagement d’une décennie pourrait contraindre les choix politiques des futurs gouvernements turcs, en particulier si l’environnement stratégique ou les relations entre les membres de l’alliance se dégradaient. Ils ont demandé pourquoi la Turquie accepterait une restriction aussi longue de sa liberté de se retirer d’un accord de défense dont les implications militaires et financières n’avaient pas été pleinement évaluées.
Gümrükçü a défendu la disposition relative au retrait en la comparant aux dispositions d’autres accords internationaux, notamment le traité fondateur de l’OTAN et la convention de Montreux régissant les détroits turcs. La durée indéterminée et le mécanisme de retrait différé de l’accord de La Mecque soulignent l’intention de créer une structure de défense durable plutôt qu’un arrangement temporaire répondant à une crise sécuritaire particulière.
Malgré la portée de l’accord, les députés ont exprimé leurs inquiétudes quant à la suffisance du contrôle parlementaire. Un député a critiqué l’absence d’évaluation substantielle par la commission de la Défense nationale, qui avait été désignée pour examiner la proposition en tant que commission parlementaire secondaire. Il a fait valoir qu’un accord impliquant les forces armées, l’industrie de défense et la sécurité nationale aurait dû faire l’objet d’un examen détaillé par des députés spécialisés dans les questions militaires et de défense avant d’être examiné par la commission des Affaires étrangères.
Le président de la commission des Affaires étrangères, Fuat Oktay, a confirmé que la commission de la Défense nationale avait informé officiellement sa commission le 26 octobre qu’elle n’examinerait pas la proposition et ne rendrait pas de rapport à ce stade. Le député s’est interrogé sur l’intérêt d’attribuer aux commissions parlementaires des responsabilités spécialisées si celles-ci refusaient d’examiner un accord aux implications militaires aussi étendues.
Une proposition visant à reporter les délibérations jusqu’à ce que la commission de la Défense nationale puisse évaluer les bénéfices et risques potentiels de l’accord a été rejetée par la majorité parlementaire alignée sur le Parti de la justice et du développement (AKP), le parti au pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan, et son allié politique, le Parti d’action nationaliste (MHP), d’extrême droite. Une seconde proposition appelant à la création d’une sous-commission dédiée à l’examen du traité a également été rejetée.
La commission des Affaires étrangères a ensuite approuvé la proposition de ratification, faisant ainsi progresser l’accord vers un examen par l’ensemble du Parlement turc.
Selon Gümrükçü, le Pakistan et l’Arabie saoudite avaient déjà achevé leurs procédures d’approbation internes, ne laissant que le processus de ratification turc comme dernière étape avant l’entrée en vigueur de l’accord selon ses termes.
L’accord prendrait effet après le dépôt de l’instrument final de ratification auprès du secrétariat de l’alliance. Pour la Turquie, membre de l’OTAN depuis 1952, ce nouveau dispositif représente une expansion significative de ses relations formelles de défense collective au Moyen-Orient et en Asie du Sud.

Bien qu’Ankara insiste sur le fait que l’alliance de La Mecque n’est dirigée contre aucun pays en particulier et qu’elle est compatible avec l’OTAN, le traité établit une structure distincte dans le cadre de laquelle la Turquie pourrait être appelée à fournir une assistance militaire dans des conflits impliquant le Pakistan ou l’Arabie saoudite.
Gümrükçü a maintenu que l’alliance visait à dissuader l’agression et à renforcer la stabilité régionale plutôt qu’à créer un bloc militaire dirigé contre des États voisins. Il a reconnu que les trois pays n’avaient désigné aucune nation ni aucune organisation comme ennemi commun, faisant valoir que les décisions conjointes seraient plutôt fondées sur l’évaluation des menaces pesant sur l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale des États membres.
Il a également noté que l’Inde n’avait, jusqu’à présent, exprimé aucune critique à l’égard de l’accord.
Le débat parlementaire a néanmoins mis en lumière un désaccord fondamental entre le gouvernement et ses critiques sur les risques et les bénéfices de l’alliance. Tandis que le gouvernement présentait l’accord comme un cadre de sécurité supplémentaire compatible avec l’OTAN, les députés de l’opposition ont averti que la Turquie pourrait assumer des obligations militaires et financières découlant de différends dans lesquels elle n’avait aucun intérêt direct en matière de sécurité nationale.
Le test pratique du nouveau dispositif aura lieu lorsque les gouvernements membres seront confrontés à une crise de sécurité exigeant une réponse collective, les obligeant à concilier leurs engagements conventionnels, leurs intérêts nationaux et leurs obligations internationales existantes. Pour l’heure, le témoignage parlementaire de Gümrükçü montre clairement qu’Ankara considère l’accord de La Mecque comme le fondement d’une alliance de défense régionale en expansion, intégrant des éléments importants du modèle de défense collective de l’OTAN tout en fonctionnant indépendamment de l’organisation transatlantique.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Nordic Monitor.
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