L’inflation annuelle turque repart légèrement à la hausse en octobre
Les points importants
- Un écart de 15 points : TurkStat annonce 29,77 % sur un an, quand l’ENAG mesure 45,12 %, un gouffre qui nourrit la défiance envers les statistiques officielles.Loyers plafonnés : la moyenne sur 12 mois s’établit à 31,23 %, soit le plafond des hausses de loyer pour les baux renouvelés en novembre.Énergie sous tension : la dépendance turque aux importations et les guerres régionales continuent d’alimenter les risques à la hausse sur les prix.
L’inflation annuelle des prix à la consommation en Turquie est légèrement remontée à 29,77 % en octobre, contre 29,73 % en septembre, tandis que l’inflation mensuelle a progressé à 2,58 %, contre 1,84 %, rapporte l’agence de presse publique Anadolu, citant les données publiées mardi par l’Institut turc de statistique (TurkStat).
Le groupe indépendant de recherche sur l’inflation (ENAG), de son côté, a calculé une inflation annuelle à 45,12 %, avec une hausse des prix à la consommation de 2,68 % sur un mois. L’écart entre les deux estimations annuelles atteint 15,35 points de pourcentage.
The Consumer Price Index (E-CPI) calculated by the Inflation Research Group (ENAG), increased by 2.68% in October 2026.
The E-CPI increased by 45.12% over the past 12 months.@ENAGRUP
— ENAG (@ENAGRUP) November 3, 2026
Selon TurkStat, les dépenses de logement, d’eau, d’électricité, de gaz et d’autres combustibles affichent une hausse annuelle de 40,24 %, les prix des transports de 36,39 % et ceux de l’alimentation et des boissons non alcoolisées de 27,73 %. Les seuls prix alimentaires ont augmenté de 3,5 % en octobre par rapport au mois précédent.
Le taux d’inflation moyen sur 12 mois, qui détermine le plafond des hausses de loyer pour les logements et les locaux commerciaux, s’établit à 31,23 %. Autrement dit, les augmentations de loyer des baux renouvelés en novembre seront plafonnées à ce taux.
Ces chiffres paraissent sur fond d’une querelle qui empoisonne le débat public turc depuis des années : celle de la fiabilité des données officielles. TurkStat est la cible des critiques des économistes, des figures de l’opposition et des chercheurs indépendants, qui soutiennent que ses chiffres ne reflètent pas la hausse réelle du coût de la vie supportée par les ménages.
L’ENAG, fondé en 2020 par un groupe d’universitaires et d’économistes indépendants, publie régulièrement des estimations alternatives nettement supérieures à celles de TurkStat. L’institut officiel avait d’ailleurs intenté une action en justice contre le groupe au sujet de ses calculs d’inflation ; un tribunal d’Ankara a rejeté la plainte en 2022.
De son côté, la banque centrale turque a maintenu à 24 % son objectif intermédiaire d’inflation pour la fin de l’année, tout en relevant à 28 % sa prévision d’inflation pour la fin de l’année dans son troisième rapport sur l’inflation publié en août.
Vendredi dernier, la banque centrale a indiqué que la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, alimentée par les tensions géopolitiques, continuait de faire peser des risques à la hausse sur l’inflation — une semaine après avoir abaissé son taux directeur de 100 points de base, à 36 %, lors de sa réunion du 22 octobre, sa première baisse depuis janvier.
La Turquie dépend fortement d’une énergie importée, ce qui expose les prix intérieurs aux soubresauts du pétrole et du gaz sur le marché mondial, tandis que la guerre au Moyen-Orient a renchéri les coûts de l’énergie et des transports dans toute la région.




