Les répressions italiennes exposent la menace européenne des gangs turcs prospères sous Erdogan
Abdullah Bozkurt/Stockholm
Les opérations des forces de l’ordre italiennes ces deux dernières années ont mis en lumière une réalité brutale : les menaces provenant de ce que les critiques qualifient de gouvernance mafieuse du président turc Recep Tayyip Erdogan, où un écosystème criminel a prospéré sous la protection ou la tolérance des autorités politiques.
Ce schéma devient de plus en plus évident. Lorsque les réseaux turcs déplacent de l’argent, des armes, des personnes et des stupéfiants à travers les frontières, ils exportent non seulement la violence mais aussi les faiblesses institutionnelles et la culture de l’impunité qui permettent au crime organisé de survivre localement et de se développer à l’étranger.
Ce phénomène préoccupe l’Europe car les groupes turcs transnationaux ont évolué vers des organisations hybrides, à mi-chemin entre gang de rue, consortium de trafic et outil de pression politique, agissant parfois comme des relais informels du gouvernement Erdogan. Ils bénéficient d’un système en Turquie où la criminalité est poursuivie de manière sélective, tandis que d’autres acteurs restent intouchables lorsqu’ils s’alignent sur le pouvoir politique, servent de bras armés informels ou servent les intérêts étatiques.
Le 22 mai 2024, les procureurs et policiers italiens, en coopération avec des partenaires transfrontaliers, ont agi contre une organisation criminelle turque opérant depuis l’Italie à travers l’Europe. Le chef de ce réseau, Barış Boyun, un ressortissant turc précédemment détenu en Italie suite à un mandat INTERPOL, a été identifié comme la figure centrale dirigeant les opérations.
Les enquêteurs ont indiqué que le groupe était impliqué dans des meurtres organisés, du trafic d’armes et de stupéfiants, la facilitation de l’immigration illégale et la planification d’attaques violentes. Les autorités ont affirmé que l’organisation maintenait des cellules logistiques et de communication à travers l’Europe et que son leader continuait à coordonner ses activités malgré son contrôle judiciaire en Italie.

Boyun aurait également entretenu des liens corrompus en Turquie permettant à son réseau d’opérer avec des avertissements préalables et une protection institutionnelle. Des allégations ont émergé selon lesquelles des membres des forces de l’ordre turques étaient compromis, certains officiers lui ayant fourni des informations sur les opérations le concernant, lui permettant ainsi d’échapper aux arrestations et de quitter le pays avant les répressions.
L’importance réside non seulement dans l’arrestation de Boyun et de ses associés, mais dans le schéma plus large qu’elle illustre. L’Italie est devenue un terrain d’action pour des figures criminelles turques capables d’organiser des violences transfrontalières tout en profitant des protections juridiques européennes, notamment lorsque les extraditions deviennent complexes en raison des risques documentés de torture en Turquie.
En août 2025, les autorités néerlandaises ont arrêté et extradé vers l’Italie le ressortissant turc Hasan Uzun, âgé de 46 ans, en lien avec un incident survenu à Trieste en juillet 2024, à la veille de la visite du pape François. L’affaire a débuté lorsqu’une valise abandonnée contenant un pistolet 9mm et des munitions a été découverte dans la gare centrale de Trieste, suscitant des inquiétudes sécurités accrues.
Les images de surveillance ont identifié Uzun comme la personne ayant déposé la valise avant de quitter les lieux. Retrouvé aux Pays-Bas, il a été transféré en Italie où il reste en détention dans l’attente de la suite de la procédure.
Les premiers médias ont évoqué un possible lien avec un complot d’attaque avorté, incluant des spéculations sur des connexions extrémistes. Toutefois, la police italienne a précisé qu’aucune preuve tangible d’un attentat planifié contre le pape François ou de liens terroristes n’avait été établie. Uzun fait actuellement face à des charges pour possession illégale d’arme à feu, tandis que les enquêteurs examinent d’éventuels liens criminels ou extrémistes plus larges.
Même si les motifs sont requalifiés en crime organisé plutôt qu’en terrorisme, la conclusion opérationnelle reste claire : l’Europe fait face à des ressortissants turcs opérant en
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Nordic Monitor.
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