Antep İşi, la broderie des femmes de Gaziantep, entre à l’UNESCO
Les points importants
- Une inscription à l’UNESCO : en décembre 2025, le Comité intergouvernemental réuni à New Delhi a inscrit l’Antep İşi sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel, soit le 32e élément turc sur les listes de l’organisation.
- Un savoir-faire de femmes : cette broderie à fils tirés, traditionnellement en blanc sur blanc, passe des mères et grands-mères aux filles et petites-filles, à l’oral et sans manuel écrit.
- Une pratique à préserver : impossible à produire en série, elle est soutenue par des ateliers locaux et la municipalité de Gaziantep, dans un plan de sauvegarde qui prévoit expositions, défilés de mode et documentation des variantes.
Gökçe Aydoğan / En décembre 2025, l’UNESCO a inscrit l’Antep İşi sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette broderie à fils tirés, née dans les foyers de Gaziantep, se transmet de mère en fille depuis des siècles, sans manuel.
Pas de monument à visiter cette fois. Quand le Comité intergouvernemental de l’UNESCO s’est réuni à New Delhi en décembre 2025, l’un des dossiers retenus tenait dans un cerceau de bois et un morceau de tissu blanc. L’Antep İşi, broderie traditionnelle de Gaziantep, a rejoint la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel. C’est le 32ᵉ élément turc inscrit sur les listes de l’organisation.
« L’ouvrage d’Antep »
Littéralement, Antep İşi veut dire « l’ouvrage d’Antep ». Antep est l’ancien nom de Gaziantep, grande ville du sud-est de la Turquie, proche de la frontière syrienne. Elle est réputée pour sa pistache et son baklava, et fait partie depuis 2015 du Réseau des villes créatives de l’UNESCO, dans la catégorie gastronomie. Le préfixe « Gazi », qui signifie « héros de guerre », a été ajouté en février 1921 par le Parlement turc, pour honorer la résistance de la ville au siège des troupes françaises pendant la guerre d’indépendance.
Le principe de cette broderie tient en une phrase : on n’ajoute pas seulement des fils au tissu, on en retire. La brodeuse tire et coupe certains fils, puis retravaille le tissu pour faire apparaître des motifs ajourés. Traditionnellement, tout se fait en blanc sur blanc, même si des tissus et des fils de couleur apparaissent aujourd’hui. Les petites pièces se montent sur un cerceau, les plus grandes sur un cadre.
On la retrouve partout dans les maisons : nappes, draps, vêtements, accessoires, et ces trousseaux de mariage que les futures épouses constituaient avant leurs noces. Les motifs puisent dans le vivant, avec des oiseaux, des fruits, des fleurs.

Une affaire de femmes, sans manuel
C’est là que le dossier turc a pesé. Selon l’UNESCO, la pratique est portée avant tout par les femmes. Les grands-mères et les mères l’enseignent à leurs filles et petites-filles par la démonstration et la pratique, à l’oral, sans aucun manuel écrit. Les motifs servent aussi à dire ce qui ne se dit pas toujours : la créativité, les rêves, les désirs des brodeuses.
La broderie a aussi une fonction sociale. Les femmes se réunissent pour broder ensemble, échangent des histoires, se retrouvent. Le dossier insiste sur ce que cela produit : du dialogue entre les praticiennes, de la cohésion, et des revenus pour certaines d’entre elles. Le Comité a jugé que la candidature remplissait les cinq critères exigés et a salué la qualité du dossier présenté par la Turquie.
Transmettre à l’heure de la production en série
Impossible d’industrialiser un travail pareil. Chaque pièce se fait à la main, à son rythme, et l’UNESCO le note elle-même : cette pratique ne peut pas être produite en série.
Pour qu’elle ne disparaisse pas, des structures locales et la municipalité métropolitaine de Gaziantep proposent des ateliers et des cours aux plus jeunes. Le plan de sauvegarde prévoit aussi des expositions, des défilés de mode, des enquêtes de terrain, un travail de documentation des variantes de la broderie et une promotion à l’international. L’Antep İşi figurait déjà dans l’inventaire national du patrimoine immatériel de la Turquie depuis 2020.
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