Vingt maires de l’opposition toujours emprisonnés alors que la répression contre le CHP annule ses gains électoraux locaux de 2024
Vingt maires élus du Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition en Turquie, restent incarcérés deux ans après les élections locales du 31 mars 2024, tandis que 25 maires du CHP, dont le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, ont été suspendus de leurs fonctions, selon un décompte publié cette semaine par le site d’information BirGün.
Selon le rapport, 23 maires du CHP ont été emprisonnés depuis les élections locales, le dernier en date étant Onursal Adıgüzel, maire du district d’Ataşehir à Istanbul, arrêté mercredi pour corruption puis suspendu par le ministère de l’Intérieur. Sur ces 23 élus, trois ont depuis été libérés.
Les élections municipales de mars 2024 ont marqué une percée historique pour le CHP, arrivé en tête au niveau national pour la première fois depuis 1977 et prenant le contrôle de plusieurs grandes villes turques dont Istanbul, Ankara, Bursa, Antalya et Adana. Les responsables de l’opposition dénoncent depuis une stratégie du gouvernement AKP utilisant enquêtes judiciaires, suspensions, nominations d’administrateurs, votes au conseil municipal et transfuges politiques pour affaiblir leur emprise locale.
Au total, 25 maires du CHP ont été suspendus. Deux d’entre eux – Mustafa Sarıgül, maire du district d’Ovacık dans la province orientale de Tunceli, et Ali Demirçalı, maire de Yüreğir dans la province méridionale d’Adana – ont été suspendus sans être emprisonnés après des condamnations dans des affaires distinctes. Plusieurs maires libérés par la suite, dont Ahmet Özer (Esenyurt/Istanbul), Zeydan Karalar (Adana) et Kadir Aydar (Ceyhan/Adana), n’ont pas été réintégrés.
Trois municipalités remportées par le CHP en 2024 – les districts stambouliotes de Şişli et Esenyurt ainsi qu’Ovacık à Tunceli – sont désormais sous administration étatique. Quatre autres – la métropole de Bursa et les districts stambouliotes de Bayrampaşa, Gaziosmanpaşa et Beykoz – sont passées sous contrôle de l’AKP via des votes au conseil municipal ou des ralliements politiques après les suspensions. Le rapport mentionne également le ralliement à l’AKP d’Özlem Çerçioğlu, maire d’Aydın, réduisant davantage les gains locaux du CHP.
La campagne répressive a d’abord frappé Istanbul, où l’arrestation en octobre 2024 du maire d’Esenyurt Ahmet Özer a été suivie de poursuites contre les maires de Beşiktaş, Beykoz et Şişli. Elle a atteint son paroxysme le 23 mars 2025 avec l’incarcération d’İmamoğlu, principal rival politique du président Erdoğan et candidat présidentiel du CHP, déclenchant les plus grandes manifestations anti-gouvernementales des dernières années.
Les opérations se sont ensuite étendues à d’autres villes et districts dirigés par le CHP. Mustafa Bozbey, maire de Bursa (4e ville du pays), a été incarcéré le 4 avril dans une enquête pour corruption et suspendu le même jour. Özkan Yalım (Uşak) a subi le même sort le mois dernier, tandis que Tanju Özcan (Bolu) a été suspendu après son arrestation en mars. Yılmaz Tozan (Eşme/Uşak) a été suspendu cette semaine après son incarcération pour extorsion.
L’affaire d’Uşak s’est élargie cette semaine avec 16 nouvelles arrestations – dont Celalettin Çoban, président local du CHP, et Özhan Özgöbek, président du club de football Uşakspor – dans une enquête sur des allégations de corruption liées à la municipalité.




