« Une honte » : Les gardes armés du leader kurde en visite en Turquie provoquent l’indignation des nationalistes
La scène politique turque s’enflamme après la diffusion d’images montrant des gardes armés de fusils escortant Masoud Barzani, ancien président de la région du Kurdistan irakien, lors d’une visite dans une ville du sud-est du pays.
Ces séquences filmées à Cizre, dans la province de Şırnak, ont provoqué de vives réactions : condamnations des nationalistes turcs, réponse cinglante du bureau de Barzani et soutien public du président Recep Tayyip Erdoğan à Devlet Bahçeli, leader du Parti d’action nationaliste (MHP). Le ministère turc de l’Intérieur a ouvert une enquête sur les conditions de cette visite.
Barzani, dirigeant du Parti démocratique du Kurdistan (KDP), participait le 29 novembre au 4e symposium international Melayê Cizîrî à Cizre. Cet événement – organisé avec le soutien du gouvernorat de Şırnak en hommage à un poète kurde classique – réunissait officiels et universitaires turcs et kurdes.
Les images montrent Barzani circulant dans la ville avec une escorte en tenue militaire arborant des insignes de la région du Kurdistan et portant des fusils. Elles ont rapidement inondé les réseaux sociaux et les médias turcs.
Échange tendu entre Bahçeli et Barzani
Bahçeli, leader du MHP (parti d’extrême droite allié au pouvoir), a été parmi les premiers à réagir.
« Voir des soldats étrangers en uniforme circuler armés de fusils sur notre sol national est, en un mot, une honte », a-t-il déclaré, dénonçant une atteinte à la souveraineté turque.
Le KDP de Barzani a répliqué vivement sur X.
Response to Devlet Bahçeli’s statement on President Barzani’s visit to Cizire
Devlet Bahçeli’s remarks regarding President Barzani’s visit to Cizire and participation in the “Melaye Cizire ” Symposium were, regrettably, expressed in a chauvinistic tone that contradicts… pic.twitter.com/CrDZrlpOqi
— KDP ForeignRelations (@kdpfro) December 2, 2025
« Nous espérions que [Bahçeli] avait tourné la page du racisme et du chauvinisme. Ses récentes déclarations prouvent le contraire : le vieux « Loup gris » reste le même, simplement en robe de mouton. »
Le Loup gris est un symbole ultranationaliste historique lié au MHP.
Le communiqué accuse Bahçeli de racisme et précise que les mesures de sécurité respectaient les protocoles entre la Turquie et le gouvernement régional du Kurdistan. Il rappelle aussi que les dirigeants turcs se rendent dans la région kurde avec leurs propres gardes armés.
Erdoğan défend Bahçeli et dénonce des propos « irrespectueux »
Erdoğan a pris parti pour Bahçeli et condamné le ton employé par le bureau de Barzani.
« Nous désapprouvons totalement et ne pouvons accepter la déclaration irrespectueuse et déplacée d’hier visant M. Bahçeli », a-t-il affirmé. « Les démarches diplomatiques nécessaires ont été engagées. Cette grave erreur doit être corrigée sans délai. »
Le ministère turc des Affaires étrangères avait déjà protesté par écrit, qualifiant le communiqué « d’inacceptable dans le fond comme dans la forme » et exigeant des explications du KDP.
Le ministère de l’Intérieur a annoncé l’ouverture d’une enquête et désigné deux inspecteurs.
Ömer Çelik, porte-parole du Parti de la justice et du développement (AKP), a jugé les images « déplaisantes » et confirmé l’examen des conditions de la visite.
Mustafa Akış, conseiller présidentiel, a aussi critiqué cette mise en scène, soulignant que la Turquie n’est « pas un État faible » et que même les présidents en visite ne défilent pas armés en tenue militaire.
Selon le protocole turc, les équipes de sécurité étrangères doivent coordonner avec les autorités, se limiter aux pistolets et éviter les uniformes rappelant l’armée ou les forces spéciales.
L’opposition nationaliste monte au créneau
Müsavat Dervişoğlu, leader du Parti İYİ (nationaliste), a fustigé cette visite et reproché au Parti démocratique des peuples (DEM, pro-kurde) d’avoir qualifié Barzani d’« hôte » à Cizre.
« Que cela reste gravé : le Parti DEM a dit qu’il était « chez lui » ici. Le district de Cizre aurait-il été annexé par le nord de l’Irak à notre insu ? »
Barzani, figure dominante du KDP, entretient des relations étroites avec Ankara : exportation pétrolière via Ceyhan, contrats turcs et opérations militaires conjointes contre le PKK.
Une visite en pleine tentative de paix fragile
Ce déplacement intervient dans un contexte sensible, alors qu’Ankara relance des pourparlers pour mettre fin à des décennies de conflit avec le PKK. Le leader du PKK Abdullah Öcalan a envoyé des messages soutenant une nouvelle feuille de route, et les groupes kurdes ont déclaré un cessez-le-feu.
Barzani et le KDP prônent la dissolution du PKK et une résolution démocratique de la question kurde. Sa présence aux côtés d’officiels turcs à Cizre est perçue comme un geste symbolique de soutien au dialogue, dans une région encore marquée par les violences passées.
Mais pour nombre de nationalistes, ces images de gardes kurdes armés en uniforme dans une ville frontalière signent un recul inacceptable de l’État.
Barzani avait déjà participé au processus de paix en 2013, appelant à Diyarbakır aux côtés d’Erdoğan à la fin des armes. À Cizre, il a réitéré : « La porte de la paix reste le meilleur choix. »
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




