Une cour turque maintient un mandat d’arrêt contre Gülen malgré son décès : rapport
Une cour turque a maintenu un mandat d’arrêt contre Fethullah Gülen, l’intellectuel islamique turc critique envers le gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan jusqu’à son décès aux États-Unis en octobre 2024, rapporte Nordic Monitor jeudi, citant des procès-verbaux d’une audience du 14 mai à Ankara.
La décision a été rendue par la 4e Cour pénale d’Ankara dans une affaire impliquant Gülen et des dizaines de coaccusés. Selon Nordic Monitor, la cour a indiqué que les précédents mandats d’arrêt contre Gülen étaient restés sans suite et a statué qu’ils resteraient en vigueur.
Le procès-verbal n’a pas mentionné le décès de Gülen, bien que Nordic Monitor affirme que les autorités turques en avaient été informées par des canaux diplomatiques après la transmission de son acte de décès par le Département d’État américain.
Gülen est décédé dans un hôpital américain le 20 octobre 2024, à l’âge de 83 ans. Ses funérailles ont eu lieu dans le New Jersey le 24 octobre, en présence de milliers de personnes.
Nordic Monitor précise que Gülen n’était pas le seul défunt concerné par la décision de la cour.
La cour a également renouvelé ou maintenu des mandats d’arrêt contre Ali Bayram, un éducateur décédé en Égypte le 2 juin 2020 ; Mehmet Erdoğan Tüzün, ancien directeur général de l’agence de presse Cihan (aujourd’hui fermée), décédé en Albanie le 22 novembre 2021 ; et Mehmet Ali Şengül, un proche collaborateur de Gülen, décédé en Allemagne le 11 juillet 2021.
Selon Nordic Monitor, les décès de ces trois hommes figuraient déjà dans le registre civil turc après des déclarations de leurs proches.
Selon le droit pénal turc, les procédures prennent fin au décès d’un accusé. Des experts juridiques estiment que le maintien d’un mandat d’arrêt contre une personne décédée n’a aucun effet légal et illustre le traitement politisé des dossiers sensibles par les tribunaux turcs.
Gülen, qui vivait en exil auto-imposé en Pennsylvanie depuis 1999, est devenu l’une des principales cibles du président Erdoğan après que des enquêtes pour corruption en décembre 2013 ont impliqué ce dernier, des membres de sa famille et des proches du gouvernement.
Erdoğan a accusé Gülen et le mouvement Hizmet d’avoir orchestré ces enquêtes, ce que Gülen a toujours nié.
Le gouvernement turc accuse également Gülen d’avoir masterisé la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016. Gülen a rejeté toute implication et demandé une enquête internationale.
Après cette tentative, la Turquie a lancé une purge contre les personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen. Plus de 130 000 fonctionnaires ont été limogés par décret-loi, et des dizaines de milliers de personnes ont été interpellées ou arrêtées.
La purge post-coup de 2016 a aussi touché la magistrature. Des milliers de juges et procureurs ont été révoqués, arrêtés et remplacés, suscitant des critiques d’ONG et d’institutions européennes sur la perte d’indépendance judiciaire et de garanties procédurales.
La Cour européenne des droits de l’homme, le Conseil de l’Europe et des experts de l’ONU ont critiqué l’utilisation abusive des lois antiterroristes dans les affaires impliquant des présumés liens avec le mouvement Gülen, dénonçant des accusations vagues, des preuves fragiles et la criminalisation d’activités légales.
Cette dernière décision judiciaire renforce les critiques sur le traitement mécanique des dossiers politiquement sensibles par les tribunaux turcs, même lorsque des éléments fondamentaux comme le décès d’un accusé devraient clore la procédure.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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