Un tribunal turc condamne un journaliste chevronné en vertu d’une loi controversée sur les médias
Un tribunal d’Istanbul a condamné mardi un journaliste turc chevronné à deux ans et six mois de prison pour « diffusion d’informations trompeuses », ont déclaré le journaliste et des organisations de défense des droits.
Le procès contre Zafer Arapkirli, chroniqueur pour le quotidien d’opposition BirGün, découlait de commentaires qu’il a postés sur X concernant des affrontements internes en Syrie suite au renversement en 2024 du président autoritaire Bachar al-Assad.
Ses publications évoquaient notamment les violences meurtrières entre les loyalistes d’Assad et les forces alignées avec les nouvelles autorités syriennes dans des villages à majorité alaouite.
La Turquie, qui a soutenu l’offensive rebelle ayant renversé Assad, a depuis forgé des liens étroits avec la nouvelle direction syrienne sous la présidence d’Ahmed al-Sharaa.
S’adressant au tribunal, Arapkirli a nié les accusations.
“Ici, en présence du procureur, je souhaite signaler un crime plus grave : entraîner collectivement le public dans une obscurité profonde”, a-t-il déclaré, selon l’Association des études sur les médias et le droit (MLSA).
Le tribunal l’a acquitté d’une accusation distincte d’incitation à la haine et à l’inimitié.
Dans une affaire distincte, un tribunal d’Istanbul a acquitté la journaliste Şule Aydın tout en condamnant trois autres à des peines de prison pour des commentaires faits lors d’une émission télévisée en 2024 diffusée sur la chaîne d’opposition Halk TV, discutant des allégations concernant le commerce de la Turquie avec Israël.
Timur Soykan a été condamné à 10 mois de prison pour « violation de la confidentialité » tandis que Murat Agirel et Baris Pehlivan ont chacun écopé d’un an et trois mois pour « diffusion publique d’informations trompeuses », a rapporté la MLSA.
‘Notre résistance continuera’
Dans un entretien téléphonique avec l’AFP, Arapkirli a déclaré qu’il ferait appel de la décision du tribunal, bien que les peines de prison de trois ans ou moins soient rarement appliquées en Turquie.
Mais elles obligent généralement les condamnés à se présenter aux audiences ultérieures du tribunal, ce qui peut entraîner des frais juridiques élevés.
Les autorités “essaient de créer des obstacles et de restreindre notre travail, mais notre résistance continuera quoi qu’il arrive”, a-t-il déclaré lorsqu’on lui a demandé ce que signifiait concrètement cette condamnation.
Le journaliste a décrit la situation comme “une tentative de nous lier les mains et de nous intimider, une forme de répression”.
En 2022, le gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan a adopté une législation controversée rendant punissable jusqu’à trois ans de prison la diffusion d’informations « trompeuses ».
La soi-disant loi sur la « désinformation », qualifiée de loi « de censure » par les critiques d’Erdoğan, étend la portée des réglementations médiatiques antérieures pour couvrir également les publications en ligne et les plateformes de médias sociaux.
Les Nations Unies avaient alors exhorté Ankara à garantir le plein respect de la liberté d’expression, affirmant que cette loi laissait une marge importante aux abus.
‘Modèle systématique’
Arapkirli a déclaré : “Je crois que cela se transforme en un modèle systématique. C’est l’aspect le plus préoccupant.”
“Lorsque la loi a été introduite en 2022, les autorités affirmaient qu’elle ne serait pas utilisée contre les journalistes. En réalité, cependant, elle est désormais utilisée précisément contre eux.”
Erol Önderoğlu de Reporters sans frontières (RSF) a condamné la décision du tribunal, affirmant que la peine visait à “purger un journaliste de 42 ans de son rôle social”.
“Le journalisme ne peut cesser d’être une profession dangereuse tant que l’instrumentalisation de la loi ne sera pas stoppée”, a-t-il écrit sur X.
La Turquie se classe 159e sur 180 pays dans le dernier indice de liberté de la presse de RSF, entre le Pakistan et le Venezuela.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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