Un tribunal turc condamne trois hommes à la prison à perpétuité pour les attentats de Reyhanlı en 2013
Un tribunal turc a condamné vendredi trois hommes à 53 peines de prison à perpétuité aggravée et 3 921 années de prison chacun pour divers chefs d’accusation liés aux doubles attentats à la voiture piégée de 2013 à Reyhanlı, une ville proche de la frontière turco-syrienne, qui ont fait 53 morts et plus de 100 blessés.
Le 9ᵉ tribunal pénal d’Ankara a reconnu Memet Gezer, Temir Dükancı et Cengiz Sertel coupables de charges incluant la tentative de destruction de l’unité et de l’intégrité territoriale de l’État, le meurtre intentionnel, la tentative de meurtre, la possession illégale d’explosifs, ainsi que des blessures et dommages causés à des biens publics et privés, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu.
L’attentat s’est produit le 11 mai 2013 lorsque deux voitures piégées ont explosé près de la mairie de Reyhanlı et d’un bureau de poste dans la province de Hatay, frontalière avec la Syrie. Les explosions ont eu lieu alors que la Turquie accueillait un grand nombre de Syriens fuyant la guerre civile et qu’Ankara soutenait les forces rebelles cherchant à renverser le président syrien de l’époque, Bachar al-Assad.
L’affaire a longtemps été liée à des allégations selon lesquelles l’attentat aurait été organisé avec le soutien des services de renseignement syriens. La Turquie a accusé un groupe loyal à Assad d’avoir perpétré les attentats. Damas a nié toute implication.
Le tribunal a condamné les trois accusés à une peine de perpétuité aggravée pour tentative de destruction de l’unité de l’État, et 52 autres peines similaires pour meurtre, incluant la mort de cinq enfants, selon Anadolu.
La cour a également prononcé 2 600 années de prison pour la tentative de meurtre de 130 personnes, dont 28 enfants.
Gezer, Dükancı et Sertel ont nié toute implication dans l’attentat lors de leurs déclarations finales, a indiqué Anadolu. Le tribunal a ordonné leur maintien en détention provisoire en attendant un éventuel appel.
Six accusés étaient concernés par ce procès, mais le tribunal a séparé le dossier de Mohammad Dib Korali, un détenu dont l’avocat nouvellement nommé a demandé plus de temps pour préparer sa défense. Les dossiers d’Omar Alkhatıp et de Mihraç Ural, toujours en fuite, ont également été disjoints.
Ural a été identifié dans les procédures turques et les médias d’État comme le chef du THKP-C/Acilciler, un groupe militant d’extrême gauche que les autorités turques accusent de liens avec les services syriens sous le régime d’Assad, renversé en décembre 2024 par les rebelles.
Le verdict de vendredi est intervenu 13 ans après l’attentat, suite à une série de condamnations dans des procédures connexes.
En février 2018, le tribunal d’Ankara avait condamné neuf accusés dans l’affaire principale de Reyhanlı à 53 peines de perpétuité aggravée et 4 032 années de prison chacun. Treize autres avaient écopé de peines de prison, tandis que trois accusés étaient acquittés.
Yusuf Nazik, décrit par les autorités turques comme l’un des planificateurs de l’attentat, avait été capturé par les services de renseignement turcs (MİT) dans la province syrienne de Lattaquié en 2018 avant d’être transféré en Turquie. Il avait été condamné en 2019 à 53 peines de perpétuité aggravée.
Gezer, accusé par Ankara d’avoir donné l’ordre de l’attentat, avait été extradé des États-Unis en 2022 après y avoir été détenu pour des charges liées à la drogue. Sertel, soupçonné d’avoir transporté les explosifs depuis la Syrie, avait été arrêté en décembre 2024 lors d’une opération conjointe du MİT et de la police. Korali avait été capturé en Syrie en janvier 2025. Dükancı avait été interpellé en Syrie en février 2025 alors qu’il tentait apparemment de fuir vers le Liban.
Le parquet a soutenu durant le procès que Gezer, Sertel, Korali et Dükancı avaient participé à la planification de l’attentat au nom des services syriens, fourni la logistique avant et après les explosions, sécurisé les explosifs et contribué au financement de l’opération.
Les attentats de Reyhanlı ont également suscité des interrogations quant à d’éventuels avertissements reçus par les autorités turques avant les explosions. Des ONG et des avocats des familles des victimes ont critiqué l’enquête pour ne pas avoir suivi certaines pistes.




