Un réquisitoire demande jusqu’à 3 ans de prison pour un journaliste ayant critiqué l’idéologie d’extrême droite
Un procureur turc demande une peine allant jusqu’à trois ans de prison pour le journaliste et écrivain Enver Aysever, actuellement en détention, l’accusant d' »incitation publique à la haine et à l’hostilité » pour des propos critiques envers l’idéologie d’extrême droite lors d’une diffusion YouTube fin 2025, rapporte l’agence DHA.
Âgé de 54 ans, Aysever est en détention provisoire depuis le 11 décembre, date de son arrestation suite à des commentaires critiquant l’idéologie d’extrême droite.
Le réquisitoire, rédigé par le parquet de Küçükçekmece à Istanbul, affirme que ses déclarations dépassent le cadre de la liberté d’expression et constituent une incitation contre les personnes ayant des opinions politiques conservatrices.
Il a été accepté par le tribunal pénal de première instance n°30 de Küçükçekmece.
L’affaire découle d’un direct YouTube dans lequel Aysever avait réagi aux déclarations de Hasan İmamoğlu, père du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, actuellement emprisonné.
Dans un entretien au journal Sözcü en décembre, l’aîné İmamoğlu avait exprimé des regrets pour avoir combattu le communisme toute sa vie, affirmant qu’il n’était pas nécessaire que le communisme menace les droits de propriété.
Ces remarques faisaient suite à la saisie par le gouvernement des biens de sa famille après l’arrestation de son fils. Beaucoup perçoivent l’enquête pour corruption visant la municipalité d’Istanbul comme politiquement motivée.
Lors d’une émission sur sa chaîne YouTube, Aysever avait critiqué ces propos en déclarant : « Être d’extrême droite est un crime. Quand on est d’extrême droite, on devient immoral… Une personne avec une conscience est de gauche. »
Des extraits du programme ont largement circulé sur les réseaux sociaux, provoquant un tollé et une enquête pénale.
Aysever, dont la chaîne YouTube compte plus de 270 000 abonnés, avait alors affirmé être la cible d’utilisateurs n’ayant pas visionné l’intégralité de l’émission.
Dans sa défense, le journaliste a expliqué ne pas avoir voulu insulter les conservateurs ou nationalistes, soulignant qu’ils constituent une part importante de la société turque.
Il a reconnu que la spontanéité d’un direct pouvait conduire à des formulations imprécises et s’est dit prêt à présenter ses excuses à quiconque se serait senti offensé.
En cas de condamnation, Aysever risque entre un et trois ans de prison. Il reste en détention dans l’attente de son procès.
Depuis 2002, la Turquie est dirigée par le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan, qui se décrit comme conservateur-démocrate mais est accusé par ses détracteurs d’être nationaliste, conservateur et populiste d’extrême droite.
Ce procès intervient dans un contexte de préoccupations persistantes concernant la liberté de la presse en Turquie, où journalistes, commentateurs et personnalités des réseaux sociaux font fréquemment face à des poursuites pour leurs déclarations.
La Turquie se classe au 159e rang sur 180 pays dans l’Index mondial de la liberté de la presse 2025 publié par RSF en mai 2025.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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