Un rapport parlementaire turc propose d’abaisser l’âge de la responsabilité pénale à 10 ans
Une commission parlementaire turque a proposé d’abaisser l’âge de la responsabilité pénale de 12 à 10 ans et de restreindre les réductions de peine pour les mineurs impliqués dans des crimes graves, a rapporté mercredi le quotidien pro-gouvernemental Sabah.
Le rapport de la Commission de recherche sur les enfants poussés vers la criminalité recommande des changements radicaux dans le système de justice juvénile turc, incluant des réductions de peine plus limitées pour les 15-18 ans, des sanctions pour les parents ne respectant pas les mesures de réhabilitation et la création d’un système numérique centralisé de suivi pour les enfants jugés à risque.
La commission a déclaré que ces propositions visaient à endiguer la hausse de la criminalité juvénile et à répondre à ce qu’elle décrit comme une perception publique d’impunité dans les affaires impliquant des mineurs.
Selon le code pénal turc actuel, les enfants de moins de 12 ans au moment des faits ne peuvent être poursuivis pénalement, bien que des mesures de sécurité spécifiques puissent être appliquées.
Les 12-15 ans ne peuvent être tenus pénalement responsables que s’ils sont reconnus capables de comprendre la portée légale de leurs actes et de maîtriser leur comportement.
Le projet de rapport suggère d’étudier l’abaissement de l’âge minimal de responsabilité pénale à 10 ans. Il préconise également un système plus progressif de réductions de peine pour les 15-18 ans et un encadrement plus strict des mesures alternatives à l’emprisonnement.
Pour les crimes graves, la commission recommande de revoir les réductions de peine liées à l’âge et de limiter les remises de peine pour bonne conduite ou discrétion judiciaire, via des garde-fous légaux ou un contrôle accru des magistrats.
Les statistiques officielles montrent une augmentation de plus de 50% du nombre de mineurs interpellés comme suspects ces neuf dernières années, avec une forte progression des infractions liées au crime organisé (meurtres, trafic de drogue).
Les défenseurs des droits soulignent que de nombreux adolescents recrutés par des réseaux criminels viennent de quartiers défavorisés, sont déscolarisés ou sans emploi, et vulnérables aux gangs promettant argent, protection ou notoriété en ligne.
Le rapport identifie également la structure familiale et le défaut de supervision parentale comme facteurs déterminants, critiquant certains parents qui négligent les mesures de réhabilitation.
Il propose des amendes administratives voire des sanctions pénales (travail d’intérêt général) pour les parents ne respectant pas les injonctions judiciaires ou sociales, ne participant pas à la réinsertion de leur enfant ou manquant à leur devoir de surveillance.
Le rapport préconise aussi des modifications des programmes scolaires : cours sur les bases juridiques, les règles sociales, les droits et devoirs, ainsi que des sensibilisations au harcèlement, à la désinformation criminelle sur les réseaux sociaux et à la prévention délinquante.
Créée en novembre 2025 après le meurtre du jeune turco-italien Mattia Ahmet Minguzzi par des pairs à Istanbul, cette commission étudie les causes d’embrigadement criminel des mineurs.
La question a pris une urgence nouvelle après deux fusillades scolaires en avril ayant traumatisé le pays.
Le 15 avril, un élève de 14 ans a ouvert le feu dans son école de Kahramanmaraş (sud), tuant huit élèves et un enseignant selon les autorités. Une fillette de 11 ans blessée est décédée plus tard, portant le bilan à 10 morts. L’assaillant a aussi trouvé la mort sur place.
Le jeune homme, fils d’un ancien inspecteur de police arrêté depuis, avait introduit cinq armes dans l’établissement.
La veille, à Şanlıurfa (sud-est), un ancien élève a blessé 16 personnes dans son lycée avant de se suicider lors de l’intervention policière.
Suite à ces attaques, la Turquie a renforcé la sécurité dans les écoles : déploiement de policiers, équipes supplémentaires en alerte, contrôles d’identité et rendez-vous obligatoires pour les parents.
Certains établissements ont interdit téléphones, montres connectées et tablettes, imposé l’uniforme ou interdit aux parents l’accès aux cours de récréation. Les sorties anticipées doivent être coordonnées avec la direction, et les objets extérieurs déposés aux checkpoints de sécurité.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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