Un nouveau rapport révèle comment la Turquie instrumentalise ses ambassades et consulats pour cibler ses critiques à l’étranger
Le Stockholm Center for Freedom (SCF), une organisation à but non lucratif, a publié un nouveau rapport révélant comment le gouvernement turc a transformé ses ambassades et consulats en instruments de répression au cours de la dernière décennie.
Autrefois perçus comme des havres de paix et des « foyers loin du foyer », ces institutions servent désormais de relais opérationnels pour étendre la répression au-delà des frontières turques, privant les opposants présumés des services consulaires les plus élémentaires et les poursuivant à travers le monde.
S’appuyant sur des témoignages internes et des documents officiels, le rapport intitulé « Diplomatie instrumentalisée : comment Erdoğan utilise les missions turques pour une répression transnationale » montre qu’après la tentative de coup d’État en Turquie le 15 juillet 2016, les ambassades et consulats turcs ont été progressivement détournés pour fonctionner comme des extensions de l’appareil sécuritaire de l’État. Les postes diplomatiques se sont impliqués dans la surveillance, le harcèlement et la facilitation de renditions extrajudiciaires, tout en soutenant des campagnes de manipulation médiatique ciblant les critiques à l’étranger.
« Le long bras du président turc Recep Tayyip Erdoğan a suivi les critiques en exil », a déclaré Abdullah Bozkurt, président du SCF. « À travers ses ambassades et consulats, l’État turc intimide et punit des personnes bien au-delà de ses frontières. Ce rapport offre le premier compte rendu détaillé de la manière dont les missions diplomatiques ont été transformées en outils de répression. »
Dans cette campagne soutenue de répression transnationale, les missions turques ont employé tous les moyens à leur disposition, sans égard pour les normes diplomatiques ou le droit local et international, pour cibler les opposants présumés du gouvernement, en particulier les membres du mouvement Gülen. Cela inclut la mobilisation du réseau mondial de la Direction des Affaires religieuses (Diyanet) et des organisations diasporiques pro-gouvernementales comme l’Union des Démocrates Internationaux (UID) en Europe et le Comité directeur national turco-américain (TASC) aux États-Unis.
Selon le rapport, des activités étatiques turques ont été documentées dans au moins 115 pays à travers le monde. Du Burkina Faso à la Norvège, et du Myanmar à la Nouvelle-Zélande, les cas couvrent toutes les grandes régions, soulignant la portée véritablement mondiale d’une stratégie dans laquelle les ambassades et consulats jouent un rôle central.

Le cas de la Turquie illustre à quel point les privilèges diplomatiques peuvent facilement être détournés lorsque les gouvernements autoritaires ne sont pas contrôlés. L’utilisation abusive de la couverture diplomatique à des fins répressives viole les Conventions de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires, porte atteinte à la souveraineté des États hôtes et sape les normes fondamentales sur lesquelles repose la diplomatie internationale.
Pour relever ce défi, le rapport propose des recommandations politiques à diverses parties prenantes, notamment un filtrage plus strict des demandes de visas diplomatiques pour empêcher l’accréditation de personnes ayant un passé de harcèlement ou d’intimidation, ainsi que l’utilisation de sanctions ciblées, comme le gel des avoirs et les interdictions de voyager, contre les responsables de la répression transnationale systématique.
À propos du Stockholm Center for Freedom
Le SCF est une organisation à but non lucratif qui promeut l’État de droit, la démocratie et les droits de l’homme, avec un accent particulier sur la Turquie.
Engagé à servir de référence en offrant une perspective large sur les violations des droits en Turquie, le SCF surveille les développements quotidiens, documente les cas individuels d’atteintes aux droits fondamentaux et publie des rapports complets sur les questions relatives aux droits de l’homme.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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