Un journaliste français détenu risque l’expulsion de Turquie
Un journaliste français arrêté alors qu’il couvrait une manifestation pro-kurde à Istanbul est menacé d’expulsion de Turquie et a été transféré dans un centre de rétention pour migrants mercredi, a indiqué son avocat à l’Agence France-Presse.
Raphael Boukandoura, qui collabore avec plusieurs médias français dont Libération et Courrier International, a été interpellé lundi soir lors d’une manifestation contre une opération militaire visant des combattants kurdes dans le nord de la Syrie.
Boukandoura, 35 ans, vit légalement en Turquie depuis au moins dix ans et possède une carte de presse officielle.
Le journaliste a été transféré dans un centre de rétention pour migrants, a déclaré son avocate Emine Özhasar à l’AFP.
“Le dossier est en cours d’enregistrement”, a-t-elle précisé, ajoutant qu’aucune décision n’avait encore été prise et qu’elle pourrait être reportée à jeudi.
Interrogée sur une possible expulsion de Boukandoura, l’avocate a répondu : “C’est une possibilité.”
Cette détention a provoqué l’indignation du ministère français des Affaires étrangères ainsi que des organisations de défense des droits.
Dans un communiqué à l’AFP mardi, le Quai d’Orsay a exprimé l’espoir que Boukandoura soit “libéré dans les plus brefs délais”, précisant que ses diplomates en Turquie suivaient “de près l’évolution de la situation”.
Lors de la manifestation, organisée par le Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM Parti, pro-kurde), des responsables du parti avaient appelé à “un arrêt immédiat des attaques” et à la protection des civils dans le nord-est de la Syrie.
La police a dispersé le rassemblement et arrêté dix personnes, dont Boukandoura.
Il y a deux semaines, les forces gouvernementales syriennes ont lancé une offensive contre les forces dirigées par les Kurdes – une opération publiquement saluée par la Turquie, malgré ses propres efforts pour poursuivre un processus de paix avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit.
Selon l’organisation de défense des droits MLSA, Boukandoura a déclaré à la police qu’il était présent strictement en tant que journaliste et qu’il couvrait la manifestation pour le quotidien Libération.
Lors de son interrogatoire, la police a également questionné Boukandoura sur des slogans qui auraient été scandés pendant la manifestation.
Il a affirmé, selon le MLSA, qu’il n’avait scandé aucun slogan et qu’il se trouvait sur place uniquement pour faire son travail de reporter.
Erol Önderoğlu de l’organisation Reporters sans frontières (RSF) a qualifié d’“inacceptable” le risque d’expulsion pesant sur le journaliste français.
“Cela vise à intimider les journalistes couvrant les manifestations pro-kurdes en Turquie”, a-t-il déclaré à l’AFP.
Libération, ainsi que Courrier International, Mediapart et Ouest-France, d’autres médias ayant publié les travaux de Boukandoura, ont tous publié des communiqués exigeant sa libération immédiate.
© Agence France-Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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