Un ex-dirigeant de Halkbank affirme avoir refusé la demande d’Ankara d’accuser un juge américain de liens avec le mouvement Gülen
Mehmet Hakan Atilla, ancien cadre de la banque publique turque Halkbank condamné aux États-Unis pour un système d’évasion de sanctions impliquant l’Iran, déclare que des responsables turcs l’ont incité pendant son procès à accuser le juge américain présidant l’affaire d’appartenance au mouvement Gülen, ce qu’il a refusé.
Dans un entretien avec la journaliste Cansu Çamlıbel publié lundi sur le site d’information T24, Atilla révèle que des officiels à Ankara l’ont encouragé à demander la récusation du juge fédéral Richard Berman en prétendant que ce dernier était affilié au mouvement religieux.
« Ils voulaient que j’avance des preuves selon lesquelles le juge était lié au mouvement Gülen et que je demande sa récusation », explique Atilla, utilisant le terme « FETÖ » employé par le gouvernement turc pour désigner le mouvement Gülen.
Le mouvement Gülen, inspiré par les enseignements de l’intellectuel islamique turc Fethullah Gülen décédé en Pennsylvanie en 2024, est qualifié d' »organisation terroriste » par Ankara. Les autorités l’accusent d’avoir orchestré le putsch manqué de juillet 2016, ce que le mouvement dément catégoriquement.
Atilla précise que cette suggestion lui a été transmise par des avocats et semblait émaner de hauts responsables à Ankara.
Il affirme avoir rejeté la proposition car cela aurait affaibli sa défense et aggravé sa situation judiciaire.
« Je suis heureux de ne pas avoir cédé. Si j’avais suivi ces conseils, je serais peut-être encore en prison », confie-t-il.
Atilla, qui a purgé 28 mois de détention aux États-Unis avant de retourner en Turquie en 2019, critique également les autorités turques pour leur manque de soutien, alors qu’elles ont tout fait pour obtenir la libération du trader turco-iranien Reza Zarrab.
« Après l’arrestation de Zarrab, le gouvernement turc a tout tenté pour son rapatriement jusqu’à ce qu’il coopère avec les procureurs américains », rapporte Atilla. « Mais je n’ai jamais bénéficié d’une telle mobilisation. »
Il dénonce aussi les entraves à sa défense : les autorités turques auraient empêché des cadres de Halkbank volontaires pour témoigner en sa faveur de se rendre aux audiences.
Atilla souligne l’ironie d’un récent accord restituant les biens de Zarrab en Turquie après l’abandon des poursuites contre Halkbank, sans aucune mesure comparable pour les fonctionnaires et banquiers turcs impliqués.
« La Turquie a ouvertement accusé Reza Zarrab de trahison et d’espionnage. Aujourd’hui, elle accepte d’annuler les procédures contre cet homme et de lui rendre ses actifs, mais ne demande même pas la révision des condamnations infligées à des innocents ayant servi leur État. C’est absurde », s’indigne-t-il.
Atilla estime avoir servi de bouc émissaire pour protéger d’autres acteurs du scandale. « Ceux qui savaient mon innocence mais m’ont jeté en pâture pour se préserver, je ne leur pardonne rien », lance-t-il.
L’affaire Halkbank résolue après des années de tensions diplomatiques
Ces révélations interviennent après l’accord de poursuite différée conclu entre les États-Unis et Halkbank, mettant fin aux accusations de fraude bancaire et de blanchiment liées au contournement des sanctions contre l’Iran.
Cet accord, rapporté par Reuters le 9 mars, suspend les poursuites sous réserve du respect par la banque des contrôles sur les sanctions et la lutte anti-blanchiment. Le juge Berman doit encore l’entériner.
Halkbank était accusée depuis 2019 d’avoir facilité le transfert de 20 milliards de dollars de fonds iraniens via des montages financiers complexes impliquant des sociétés écrans et des transactions aurifères.
Le dossier est lié au procès de Zarrab, qui avait plaidé coupable en 2017 avant de témoigner contre Atilla à New York.
Condamné en 2018 à 32 mois de prison pour fraude bancaire, Atilla a purgé 28 mois avant son retour en Turquie, où il maintient son innocence.
Une décision « politique »
Pour Atilla, la résolution de l’affaire relève davantage du calcul diplomatique que de la justice.
« Le dossier Halkbank s’est éteint par une décision politique de l’administration américaine », estime-t-il, soupçonnant des négociations globales entre Washington et Ankara.
Si l’accord met fin aux poursuites contre la banque, il laisse en suspens le sort des individus incriminés.
« Si les États-Unis ont clos l’affaire politiquement, la Turquie aurait dû exiger l’abandon des accusations contre nous. Cela aurait dû faire partie des négociations », déplore-t-il.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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