Un dur ? Les critiques voient des signes de guerre culturelle dans le choix d’Erdoğan pour le ministère de l’Intérieur
Le président Recep Tayyip Erdoğan a remplacé le ministre de l’Intérieur Ali Yerlikaya par Mustafa Çiftçi, gouverneur de la province d’Erzurum (nord-est), promouvant ainsi un haut fonctionnaire dont les décisions symboliques ont suscité des critiques des milieux laïcs et de l’opposition, dans un contexte de clivage persistant entre religion et État en Turquie.
Çiftçi a déclaré après sa nomination avoir assumé « une lourde responsabilité » et demandé des prières, ajoutant : « Que Dieu soit avec nous et nous vienne en aide. »
Âgé de 55 ans, Çiftçi était gouverneur d’Erzurum depuis le 18 août 2023. Il avait précédemment occupé le poste de gouverneur de Çorum et de sous-préfet dans cinq districts. Diplômé en administration publique de l’Université d’Ankara, il a ensuite complété des études en théologie.
Les critiques à son encontre portent sur plusieurs épisodes perçus comme révélateurs de sa vision du monde.
En février 2021, alors gouverneur de Çorum, Çiftçi avait assisté à une commémoration en l’honneur d’İskilipli Atıf Hoca, un clérige dont l’héritage cristallise les tensions autour des fondements laïques de la République.
La mémoire de ce religieux reste controversée en Turquie : figure de proue de l’opposition islamiste aux réformes laïques de la jeune République, il prônait la charia et fut pendu en 1926 après avoir écrit un traité contre l’occidentalisation et l’adoption du chapeau européen comme couvre-chef obligatoire, au détriment des coiffures islamiques.
Face aux critiques, Çiftçi avait défendu cette commémoration, la qualifiant de « juste, justifiée et nécessaire ». Des plaintes pénales avaient été déposées, mais le parquet n’avait pas ouvert d’enquête.
À Erzurum, Çiftçi avait suscité la polémique en fermant temporairement le bâtiment où s’était tenu le Congrès d’Erzurum en 1919 – événement clé menant à la fondation de la Turquie moderne sous Mustafa Kemal Atatürk – invoquant des dommages structurels. Il avait aussi évoqué son usage antérieur comme école arménienne sous les Ottomans et la possibilité d’une démolition. Après travaux, le site a rouvert comme musée.
Hafiz (ayant mémorisé le Coran), Çiftçi a remporté en 2024 un concours national de récitation organisé par la Direction des affaires religieuses. Il consacre quotidiennement une heure à l’étude du Coran.
Ce remaniement met fin à plus de deux ans et demi de mandat pour Yerlikaya, connu pour ses opérations médiatisées contre le crime organisé et la drogue – une communication jugée théâtrale par ses détracteurs.
Yerlikaya annonçait régulièrement sur les réseaux sociaux des interpellations massives de personnes présumées liées au mouvement Gülen, avec force détails sur les raids – une pratique dénoncée comme une criminalisation préemptive.
Un dernier épisode critique fut l’assaut raté contre une cellule État islamique à Yalova le 29 décembre 2025, coûtant la vie à trois policiers. L’opposition avait exigé sa démission.
Le ministère de l’Intérieur supervise la police nationale, la gendarmerie et l’administration provinciale, plaçant son titulaire au cœur des enjeux sécuritaires et migratoires.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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