Un avocat turc détenu au Mozambique suite à une demande d’extradition se voit refuser l’accès à un conseil juridique
Emre Çınar, un avocat turc détenu au Mozambique à la suite d’une demande d’extradition des autorités turques pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, n’a pas eu accès à ses avocats ou à sa famille depuis son arrestation, a déclaré jeudi un groupe de défense des droits, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
L’Universal Rights Association a indiqué sur X que Çınar, représentant légal de l’école internationale Willow au Mozambique, n’a eu aucun contact avec un conseil juridique ou des proches depuis son placement en détention le 30 décembre. Les autorités n’ont fourni aucune information sur sa comparution devant un juge ou sur l’existence d’une ordonnance judiciaire autorisant sa détention ou une éventuelle extradition.
L’ONG a exhorté les autorités mozambicaines à permettre immédiatement l’accès à un avocat et à la famille, à rendre publiques les décisions judiciaires relatives à l’affaire et à garantir que la détention et toute procédure d’extradition respectent le droit à un procès équitable et l’interdiction internationale de transférer des personnes vers des pays où elles risquent de graves violations des droits humains.
Çınar, qui avait quitté la Turquie sous la pression politique, vit à Maputo depuis 2017.
Des médias locaux ont rapporté que le président turc Recep Tayyip Erdoğan, lors d’une visite au Mozambique en 2017, avait publiquement exigé que Çınar et plusieurs hommes d’affaires turcs soient « liquidés » et réclamé la fermeture de l’école internationale.
Selon des informations, Haluk Görgün, directeur de l’Industrie de défense turque (SSB), a réitéré cette demande lors d’une visite à Maputo en novembre, proposant un soutien à la lutte antiterroriste du Mozambique dans la province de Cabo Delgado en échange de mesures contre les institutions liées au mouvement Gülen.
Le président Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le prédicateur musulman Fethullah Gülen, depuis que des enquêtes pour corruption en décembre 2013 l’ont impliqué ainsi que des membres de sa famille et de son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de coup d’État güleniste et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a commencé à persécuter les membres du mouvement. Il l’a désigné comme une « organisation terroriste » en mai 2016 avant d’intensifier la répression après le putsch avorté de juillet 2016 qu’il attribue à Gülen. Le mouvement dément fermement toute implication dans cette tentative de coup d’État ou dans des activités terroristes.
Des organisations de défense des droits ont alerté sur les risques de persécution en cas d’extradition et appelé les instances internationales, dont l’ONU, à intervenir.
Le principe juridique international de non-refoulement interdit le renvoi de demandeurs d’asile vers un pays où leur vie ou liberté serait menacée. Ce principe fondamental de protection des réfugiés est inscrit dans la Convention des Nations unies de 1951.
Depuis la tentative de coup d’État, la longue main d’Erdoğan s’est abattue sur des dizaines de milliers de citoyens turcs à l’étranger. Surveillance via les missions diplomatiques et les organisations diasporiques pro-gouvernementales, refus de services consulaires, intimidations et rapatriements illégaux : le gouvernement turc utilise divers moyens contre ses critiques à l’étranger. Ces opérations s’appuient souvent sur des rapatriements où la Turquie et son MIT persuadent d’autres États de livrer des individus sans procédure régulière. Les victimes rapportent des violations graves comme des arrestations arbitraires, des tortures et des mauvais traitements. Le MIT reconnaît avoir procédé au rapatriement forcé de plus de 100 personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




