Un ancien espion turc risque la prison à vie pour trahison présumée envers des déserteurs et secrets d’État au profit d’Assad
Un ancien officier du renseignement turc encourt une peine de prison à vie pour avoir aidé les services de Bachar al-Assad à enlever deux commandants de l’opposition syrienne depuis la Turquie avant de transmettre des secrets d’État aux services syriens et russes.
Le parquet réclame également jusqu’à 35 ans de prison pour divulgation d’informations confidentielles de sécurité nationale à des fins d’espionnage.
L’acte d’accusation d’Önder Sığırcıkoğlu, ancien officier de l’Organisation nationale du renseignement (MİT), a été accepté par le tribunal pénal d’Ankara, selon l’agence étatique Anadolu ce mercredi.
Ce cas se distingue par son ampleur, combinant un enlèvement en temps de guerre sur le sol turc avec des allégations qu’un initié aurait ensuite travaillé pendant dix ans pour le régime syrien après une évasion.
Les procureurs ont demandé un procès à huis clos, invoquant la présence présumée de secrets d’État dans le dossier.
L’affaire concerne l’enlèvement en 2011 du lieutenant-colonel Hussein Harmoush et du commandant Mustafa Kassum, deux officiers liés à l’Armée syrienne libre, dans la province méridionale de Hatay.
L’Armée syrienne libre était une milice formée par des déserteurs de l’armée syrienne après la répression sanglante des manifestations anti-gouvernementales en 2011.
Harmoush fut l’un des premiers officiers supérieurs à déserter durant le soulèvement contre Assad.
Sa défection eut un retentissement particulier lorsqu’il appela publiquement les soldats syriens à quitter l’armée alors que les forces d’Assad réprimaient les manifestations.
Refugié en Turquie, Harmoush disparut en 2011 d’un camp dans le sud du pays avant de réapparaître aux mains du régime syrien, contraint selon l’opposition à une confession télévisée.
Les procureurs affirment que Sığırcıkoğlu connaissait les deux officiers par son travail au MİT et participa à leur livraison aux services syriens.
L’acte d’accusation précise que cet enlèvement permit au régime syrien d’exhiber sa force contre les déserteurs et sema la peur parmi les réfugiés syriens en Turquie.
Condamné en 2012 à 20 ans de prison pour « privation de liberté avec violence » par le tribunal pénal d’Adana, Sığırcıkoğlu vit sa peine confirmée en appel.
Selon l’acte d’accusation, il s’évada en 2014 lors d’un transfert vers la prison d’Osmaniye après avoir obtenu une permission de sortie.
Le document précise qu’il se réfugia en Syrie où il fut accueilli par les services de renseignement syriens.
Les procureurs affirment qu’entre 2014 et 2024, Sığırcıkoğlu vécut sous protection du régime syrien tout en collaborant avec ses services.
Il aurait transmis des informations sensibles sur le MİT, son personnel et ses opérations aux services syriens et russes.
Recruté par le MİT en 1993, Sığırcıkoğlu y travailla jusqu’en 2012 avant d’être affecté aux camps de réfugiés de Yayladağı, près de la frontière syrienne.
Il aurait profité de cette position pour espionner les opposants syriens et transmettre des rapports internes du MİT à Damas.
L’acte d’accusation mentionne également qu’il enregistra secrètement une réunion avec un chef tribal syrien à l’aide d’un stylo espion avant d’envoyer la vidéo aux services syriens.
Pour prouver sa loyauté envers Assad, il aurait divulgué des noms d’agents du MİT lors d’une interview journalistique.
Le document l’accuse aussi d’avoir collaboré entre 2014 et 2016 avec Mihraç Ural, chef d’un groupe militant turc pro-Assad, et Yusuf Nazik, impliqué dans les attentats de Reyhanlı en 2013.
Ces attaques – deux voitures piégées près de la frontière syrienne – firent plus de 50 morts et comptent parmi les plus meurtrières liées au conflit syrien en Turquie.
Sığırcıkoğlu aurait multiplié les interviews anti-turques durant son exil syrien avant de fuir au Liban puis en Russie après la chute d’Assad en décembre 2024.
Capturé près de la frontière syro-libanaise lors d’une opération du MİT, son retour en Turquie marque l’épilogue de cette affaire hors-norme.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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