Un allié d’Erdoğan plaide pour la libération d’Öcalan et Demirtaş dans une initiative de paix avec le PKK
Un politicien nationaliste dont le parti contribue à maintenir le président Recep Tayyip Erdoğan au pouvoir a déclaré mardi qu’Abdullah Öcalan, leader emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), devrait bénéficier d’une voie légale vers la libération, et que le politicien kurde emprisonné Selahattin Demirtaş devrait rentrer chez lui. Ces propos évoquent également la réintégration des maires kurdes destitués, dans le cadre de la nouvelle initiative de paix de la Turquie avec le PKK.
Devlet Bahçeli, leader du Parti d’action nationaliste (MHP) et partenaire clé du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, a conclu son discours hebdomadaire aux députés par une phrase qui s’est rapidement répandue dans les médias et sur les plateformes sociales turques : « Jusqu’à ce que l’Anatolie trouve la paix, qu’Öcalan retrouve l’espoir, que les Ahmet retrouvent leurs fonctions et que Demirtaş rentre chez lui… Nous sommes déterminés dans cette voie. »
Ce vétéran de la politique s’exprime souvent par métaphores, un style clair pour les Turcs suivant le débat politique mais difficile à décrypter pour les étrangers.
Les médias turcs ont largement interprété « les Ahmet » comme faisant référence à Ahmet Türk, un politicien kurde destitué de son poste de maire de Mardin et remplacé par un administrateur nommé par le gouvernement, ainsi qu’à Ahmet Özer, maire d’opposition suspendu du district d’Esenyurt à Istanbul, également remplacé par un administrateur.
La signification du « droit à l’espoir » et le rôle central d’Öcalan
Dans le discours politique turc, le « droit à l’espoir » est un principe lié aux standards européens des droits de l’homme concernant les peines à perpétuité. Selon ce principe, même les condamnés à perpétuité doivent avoir une réelle perspective de libération et un réexamen significatif de leur peine après un certain temps, plutôt que d’être détenus sans possibilité de libération conditionnelle. Cette expression est souvent associée aux arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) sur la détention à perpétuité.
Öcalan, fondateur du PKK, est emprisonné depuis 1999 sur l’île d’İmralı près d’Istanbul. Toute mesure lui offrant une voie légale vers la libération constituerait l’un des plus grands changements politiques du processus, car Ankara a longtemps considéré son emprisonnement comme un pilier de sa politique de sécurité.
La vision de Bahçeli pour la paix
Les propos de Bahçeli interviennent alors que le gouvernement cherche à consolider la première initiative de paix sérieuse avec le PKK depuis l’échec des négociations en 2015. Dans cette nouvelle phase, Bahçeli a contribué à donner le ton fin 2024 en appelant à des mesures incitant le PKK à mettre fin à sa campagne armée. L’effort s’est accéléré après qu’Öcalan a lancé un appel le 27 février 2025 pour que le groupe dépose les armes et se dissolve, ce que le PKK a ensuite accepté.
En mai 2025, le PKK a décidé de se dissoudre et de mettre fin à sa campagne armée, une étape marquante dans un conflit débuté en 1984 et ayant fait plus de 40 000 morts. Le groupe a ensuite symbolisé l’abandon des armes lors d’une cérémonie en juillet 2025 au Kurdistan irakien.
La Turquie et ses alliés occidentaux classent le PKK comme une « organisation terroriste ».
Demirtaş et la question des prisonniers politiques
Demirtaş, ancien leader du principal parti pro-kurde de Turquie et figure majeure de la politique kurde, est emprisonné depuis 2016 pour des accusations de terrorisme qu’il rejette. La CEDH a statué que ses droits avaient été violés et a demandé sa libération, mais les tribunaux turcs l’ont maintenu en détention à travers plusieurs procès et condamnations.
La formulation de Bahçeli, notamment « Demirtaş rentre chez lui », reprend ses signaux publics antérieurs indiquant que la libération de Demirtaş pourrait faire partie d’un règlement global si le PKK met fin à ses activités armées. En novembre 2025, Bahçeli avait déclaré que libérer Demirtaş « serait bénéfique », un message frappant venant d’un politicien dont le parti a longtemps adopté une ligne dure contre les revendications politiques kurdes.
Administrateurs, élections et ce qu’ont retenu les médias turcs
L’utilisation par la Turquie d’administrateurs nommés pour remplacer les maires élus a été l’un des outils les plus controversés de l’approche sécuritaire de l’État, particulièrement dans les régions à majorité kurde du sud-est et, plus récemment, dans certaines municipalités dirigées par l’opposition dans les grandes villes. La référence de Bahçeli aux « Ahmet » a été largement interprétée comme un soutien à la réintégration d’au moins deux maires très médiatisés.
Les médias publics et pro-gouvernementaux ont mis en avant d’autres parties du discours de Bahçeli. Le titre principal de l’agence Anadolu s’est concentré sur son insistance quant au fait que des élections anticipées ne sont pas à l’ordre du jour. La chaîne publique TRT Haber a souligné ses commentaires sur la Syrie et les thèmes de politique étrangère. Les médias indépendants, dont T24 et Cumhuriyet, ont placé la phrase sur « Öcalan » et « Demirtaş » au centre et l’ont traitée comme le résumé le plus clair des exigences de Bahçeli dans ce processus.
Les observateurs ont interprété cette divergence comme résultant d’un fossé entre Bahçeli et Erdoğan, les médias pro-Erdoğan ayant ignoré ses déclarations les plus significatives.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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