Sondage : mécontentement généralisé face à la performance du gouvernement AKP en 2025
Une majorité de répondants à un récent sondage réalisé par MetroPOLL Research, basé à Ankara, considère que la performance du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir en 2025 est un échec dans des domaines clés comme l’économie, la politique migratoire, l’agriculture et la lutte contre les violences faites aux femmes.
L’enquête, menée entre le 10 et le 16 décembre dans 28 provinces auprès de 1 103 participants, interrogeait les sondés sur leur perception de l’action du gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan dans divers domaines politiques.
Plus de 70 % des répondants ont jugé l’action gouvernementale défaillante sur plusieurs sujets majeurs. Selon les résultats, 75,3 % qualifient la politique économique d’inefficace, tandis que 74,2 % estiment que le gouvernement échoue à lutter contre les violences faites aux femmes. Au total, 74 % expriment leur mécontentement face à la politique agricole, et 71,8 % ont une opinion négative de la gestion des flux migratoires.
In the Turkey’s Pulse survey conducted in December 2025, public evaluations of the government’s performance in health, foreign policy, the economy, agriculture, refugee policy, and combating violence against women were measured. The results are presented for public consideration. pic.twitter.com/7auSdoTJFm
— MetroPOLL Araştırma (@metropoll) January 20, 2026
Les opinions sont plus partagées sur d’autres sujets. Si 47,1 % jugent la politique de santé réussie, 49,9 % la considèrent comme un échec. En matière de politique étrangère, 42,5 % estiment que le gouvernement réussit, contre 51,9 % qui pensent l’inverse.
La pression économique pèse sur l’opinion publique
Ces résultats interviennent dans un contexte de frustration croissante face à la dégradation des conditions économiques en Turquie.
Le pays subit une inflation à deux chiffres depuis 2019, faisant exploser les coûts de l’éducation, du logement, des soins, de l’alimentation et des transports. Selon les données officielles, l’inflation annuelle, qui avait atteint 85,5 % en octobre 2022, est redescendue à 30,9 %.
Des chercheurs indépendants contestent ces chiffres. Le Groupe de recherche sur l’inflation (ENAG) a récemment annoncé un taux annuel de 56,14 %, soit près du double du chiffre officiel.
Malgré la baisse des indicateurs officiels, la hausse des prix continue d’asphyxier les ménages, particulièrement sur les produits de première nécessité. Beaucoup ont dû revoir leurs dépenses et réduire leurs besoins essentiels.
La livre turque a par ailleurs perdu plus de 130 % de sa valeur face au dollar depuis mi-2022, le taux de change passant d’environ 17,5 à plus de 40 livres pour un dollar en trois ans.
Un système de santé sous tension
Les inquiétudes sur la politique de santé reflètent les difficultés croissantes du système turc. Le ratio médecins/habitants reste bien en dessous des standards internationaux, avec 239 médecins pour 100 000 habitants, contre une moyenne de 402 dans l’UE et 390 dans l’OCDE.
Cette pénurie entraîne des délais d’attente prolongés pour les opérations, des services d’urgence saturés et des mois d’attente pour consulter un spécialiste.
Les médecins pointent du doigt la surcharge de travail, les pressions du système centralisé de rendez-vous (MHRS), des salaires insuffisants face au coût de la vie et la violence récurrente dans les hôpitaux comme principales sources de mécontentement. Les associations médicales rapportent des agressions physiques contre le personnel soignant presque quotidiennement.
Cette pression alimente un exode croissant des médecins. Selon l’Association médicale turque (TTB), 3 050 médecins ont émigré en 2023, suivis par 2 669 en 2024 et 2 400 durant les onze premiers mois de 2025. Dans certaines provinces, les autorités reconnaissent des pénuries critiques en oncologie et pédiatrie, avec parfois un seul spécialiste ou aucun, obligeant les patients à parcourir de longues distances pour se faire soigner.
Les violences faites aux femmes, une préoccupation majeure
Le sondage révèle également une inquiétude persistante du public face aux violences faites aux femmes en Turquie, où celles-ci sont fréquemment tuées, violées ou victimes de violences physiques, selon les associations de défense des droits des femmes et les observatoires.
Les critiques estiment que les politiques du gouvernement AKP aggravent le problème en permettant aux auteurs d’échapper à toute responsabilité. Ces critiques se sont intensifiées après le retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul, officiellement intitulée Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.
Ce traité international oblige les gouvernements à adopter des lois poursuivant les auteurs de violences conjugales, de viols entre époux et de mutilations génitales féminines. Malgré l’opposition de la communauté internationale et des défenseurs des droits des femmes, le président Erdoğan a promulgué un décret en mars 2021 retirant le pays de ce traité.




