Pauvreté et gangs poussent davantage d’enfants vers la criminalité en Turquie
Les enfants en Turquie sont entraînés dans la criminalité alors que la pauvreté s’aggrave et que les gangs recrutent des mineurs, selon une analyse publiée par le service turc de la BBC révélant que près de 200 000 affaires pénales impliquent des enfants chaque année.
Quelque 4 582 mineurs sont détenus dans des centres pour jeunes, d’après les données du ministère de la Justice. Le nombre de jeunes placés sous liberté surveillée s’élève à 9 763.
Boran Ali Mercan, criminologue, explique que les enfants grandissent « dans une culture où le crime n’est pas seulement toléré, mais parfois encouragé ». Selon lui, les mineurs prennent pour modèles des adultes de leur entourage ou des figures rencontrées sur les plateformes numériques.
Cengiz Erdinç, journaliste spécialisé dans le crime organisé, constate un rajeunissement des réseaux : « Dans la mafia classique, des hommes d’âge mûr utilisaient des adolescents. Désormais, un jeune de 20 ans exploite un mineur de moins de 18 ans ».
Des actes d’accusation cités par la BBC révèlent l’implication de dizaines de mineurs (14-17 ans) dans des réseaux criminels. L’un mentionnent des dizaines de mineurs de 14 à 17 ans impliqués dans le crime organisé. Un dossier cite 40 enfants ayant participé à 32 infractions, tandis qu’une autre enquête révèle que 20 des 70 interpellés étaient mineurs.
Les experts interrogés par la BBC décrivent une stratégie de recrutement ciblant les enfants défavorisés : les gangs séduisent d’abord par l’argent et le statut, puis offrent revenus et sentiment d’appartenance. Mercan souligne qu’ils « proposent argent, notoriété et pouvoir dans un monde marqué par la précarité ».
Un ancien membre de gang témoignant sous le pseudonyme d’Ahmet confirme cette approche : « Ils ciblent les enfants pauvres, orphelins ou vulnérables en leur montrant de l’argent. À 15 ans, on m’a dit : ‘Tu seras comme moi plus tard' ». Il met en garde : « Ces gens puissants n’ont pas besoin de vous. Ne vous laissez pas manipuler. »
Dans le cadre de l’enquête sur le réseau criminel stambouliote « Casperlar », des dizaines de mineurs ont été inculpés. Le parquet de Bakırköy cite 68 « enfants poussés vers la délinquance », accusés d’appartenance à une organisation criminelle armée, tentative de meurtre et vols violents. Le dossier est toujours en examen.
L’article 31 du code pénal turc stipule qu’aucune responsabilité pénale n’est engagée avant 12 ans. Entre 12 et 15 ans, elle est limitée, et jusqu’à 18 ans, les peines sont atténuées par rapport aux majeurs.
Hatice Kaynak, avocate spécialisée dans les droits de l’enfant, plaide pour une intervention précoce : « Une prise en charge adaptée lors du premier délit évite la récidive, mais nous intervenons trop tard. » Elle prône des mécanismes restaurateurs plutôt que des sanctions brutales.




