« On ne se repent pas d’avoir fait le bien » : Après 55 mois de prison, le triomphe de Şaban Yasak à Strasbourg.
« Je n’ai jamais abandonné la lutte, et personne ne devrait le faire. » Ce sont les mots d’un homme que le système judiciaire turc a tenté de briser. Condamné pour des activités sociales banales, Şaban Yasak a passé plus de quatre ans derrière les barreaux avant que la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) ne vienne rétablir une vérité que les tribunaux d’Ankara refusaient de voir : il est innocent. Portrait d’une résilience face à la machine à broyer.
Chronique d’une injustice ordinaire
Le « crime » de Şaban Yasak ? S’être occupé d’étudiants à Çorum, veillant à leur logement et à leur réussite. Dans la Turquie post-2016, cet engagement social a été transformé en acte terroriste par une interprétation abusive du droit. Condamné à 7 ans et 6 mois de prison, il a purgé 55 mois en détention effective. Derrière ce chiffre se cachent des jours de solitude et, comme l’a reconnu la CEDH, des épisodes de mauvais traitements et de torture lors de sa garde à vue.
L’arrêt de Strasbourg : Le tacle de la CEDH
L’arrêt rendu par la Cour européenne n’est pas une simple annulation de peine ; c’est un réquisitoire contre les méthodes turques. La Cour a souligné :
- L’absence de procès équitable : Les preuves de la défense ont été systématiquement ignorées.
- La criminalisation de l’arbitraire : On ne peut condamner quelqu’un pour des faits qui n’étaient pas des crimes au moment où ils ont été commis.
- Le calvaire physique : La reconnaissance explicite des traitements inhumains subis pour tenter d’arracher des aveux.
La force du refus : L’intégrité au-dessus de la liberté
Au-delà de la victoire juridique, c’est la force morale de Şaban Yasak qui marque les esprits. Durant ses longues années de captivité, le système lui a tendu un piège classique : obtenir une libération anticipée en échange d’un « repentir » et de la dénonciation d’autrui. Malgré la pression des murs et la souffrance de la séparation, Yasak a choisi de rester debout. « On ne se repent pas d’avoir fait le bien », martèle-t-il. En refusant de valider les fictions d’un dossier vide, il a transformé sa cellule en un espace de résistance éthique, prouvant que l’on peut emprisonner un corps, mais pas une conscience convaincue de sa justesse.
Un message d’espoir par-delà les frontières
Aujourd’hui exilé en Allemagne, Şaban Yasak ne parle pas avec amertume, mais avec une urgence : celle de témoigner pour ceux qui sont encore dans les geôles turques. Son parcours est devenu un symbole pour les milliers de victimes des purges. « Ma libération et cette décision de justice sont la preuve que le droit finit toujours par percer l’obscurité », explique-t-il. Son histoire rappelle que derrière chaque étiquette de « terroriste » fabriquée par Ankara, il y a un citoyen dont la seule faute est d’avoir refusé de plier devant l’arbitraire.
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