Les groupes de défense des droits dénoncent une impunité persistante en Turquie face à une société civile sous pression croissante
Une coalition d’organisations turques et européennes de défense des droits a alerté sur l’impunité persistante des violations des droits humains en Turquie, tandis que les organisations de la société civile rencontrent des obstacles croissants dans leurs efforts pour exiger des comptes.
Ces conclusions ont été publiées le 20 mai dans un rapport d’EuroMed Rights, de l’Association des droits de l’homme (İHD) et de l’Association pour le développement des capacités (KAGED/İHOP), qui examine l’environnement dans lequel évoluent les organisations œuvrant pour la responsabilisation, la lutte contre l’impunité et les questions de détention en Turquie.
Le rapport souligne que les restrictions sur les libertés d’association, d’expression et de réunion pacifique, combinées à des préoccupations de longue date concernant l’indépendance judiciaire, ont affaibli les mécanismes nécessaires pour enquêter sur les abus et poursuivre les responsables.
Les auteurs citent notamment le non-respect par la Turquie des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), notamment dans les affaires de l’homme d’affaires et philanthrope Osman Kavala et des anciens politiciens pro-kurdes Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ. Le rapport estime que ces affaires illustrent ce que les défenseurs des droits décrivent comme un écart croissant entre les obligations internationales de la Turquie en matière de droits humains et les pratiques nationales.
La Turquie reste en 2025 l’État membre du Conseil de l’Europe avec le plus grand nombre de requêtes devant la Cour de Strasbourg, avec plus de 18 000 dossiers déposés, selon le rapport.
Le document évoque également les conséquences des séismes de février 2023 ayant fait plus de 53 000 morts comme exemple de responsabilité limitée. Il précise que la loi turque exige une autorisation administrative avant de poursuivre de nombreux fonctionnaires, et qu’à fin 2025, les autorités n’avaient autorisé des poursuites que contre 84 responsables dans la zone sinistrée, malgré les critiques sur les défaillances réglementaires ayant contribué aux effondrements d’immeubles.
Selon les auteurs, la pression sur les groupes de la société civile s’est intensifiée ces dernières années via des inspections administratives, des procédures judiciaires et des restrictions financières. Le rapport souligne la fermeture en décembre 2025 par décision de justice de Genç LGBTİ+, une association LGBTQ+ basée à Izmir, pour « obscénité », une mesure qualifiée par les défenseurs des droits de faisant partie d’une répression plus large contre les organisations LGBTQ+.
Le rapport mentionne aussi les poursuites contre le président du barreau d’Istanbul İbrahim Kaboğlu et 10 membres de son conseil exécutif suite à une déclaration sur les assassinats de journalistes en Syrie, présentant cette affaire comme un exemple de pression sur les professionnels du droit et les défenseurs des droits humains.
Les organisations de défense de la liberté de la presse citées dans le rapport s’inquiètent des enquêtes visant des journalistes comme Furkan Karabay, Alican Ulusoy et İsmail Arı, dont les reportages portaient sur des allégations de corruption dans les institutions étatiques.
Selon les chiffres officiels du rapport, la Turquie comptait 102 508 associations enregistrées en mai 2026, mais seulement 1 534 étaient classées comme œuvrant dans le domaine des droits et du plaidoyer.
Le document détaille aussi les conditions du système carcéral turc. La population pénitentiaire atteindrait 414 401 détenus pour une capacité totale de 304 956 places, tandis que 891 enfants de six ans ou moins vivraient avec leur mère incarcérée.
Comme illustration des conditions de détention, le rapport cite un incident survenu en novembre 2025 à la prison de Ferizli (nord-ouest), où 131 détenus ont été hospitalisés pour intoxication alimentaire, soulevant des inquiétudes sur la nutrition, l’hygiène et les contrôles.
Les autorités turques rejettent régulièrement les accusations d’une justice sous influence politique, affirmant que le pouvoir judiciaire fonctionne de manière indépendante et conforme à la loi.
Le rapport conclut que les organisations de la société civile restent essentielles pour documenter les violations et exiger des comptes en Turquie, mais met en garde contre une pression croissante qui risquerait d’affaiblir encore le contrôle des institutions publiques et l’accès à la justice pour les victimes.




