Le piratage policier européen de SKY ECC a déclenché des enquêtes approfondies sur le trafic de drogue en Turquie
Le piratage par la police de la plateforme de messagerie cryptée SKY ECC en Europe en 2021 a ouvert la voie à des enquêtes approfondies sur le trafic de drogue en Turquie, où les autorités ont identifié 4 500 utilisateurs du système et relié les messages interceptés à plusieurs grands réseaux criminels opérant dans le pays, rapporte le quotidien BirGün.
Suite à cette intrusion européenne, la Turquie a demandé des données SKY ECC à la France, la Belgique et les Pays-Bas. Les informations ont révélé 4 500 utilisateurs en Turquie, principalement à Istanbul, confirmant le rôle clé de la ville comme plaque tournante du trafic régional de drogue.
Les enquêteurs européens ont cracké les serveurs cryptés de SKY ECC en 2021 dans le cadre d’une opération multinationale, accédant ainsi à une vaste archive utilisée par des groupes criminels organisés. Le système contenait des millions de messages privés et de groupe.
Les données extraites ont alimenté plusieurs enquêtes majeures en Europe et en Turquie, impliquant notamment Jos Leijdekkers, alias « Bolle Jos », considéré comme l’un des plus puissants trafiquants d’Europe ; le gang motard Comanchero ; ainsi que les barons de la drogue Abdullah Alp Üstün et Ürfi Çetinkaya. Malgré le nombre élevé d’utilisateurs locaux, seule une fraction a été identifiée à ce jour.
Les messages ont aussi exposé un autre réseau présumé dirigé par Recep Özyıldız, accusé d’acheminer de l’héroïne depuis l’Iran et l’Irak via la Turquie vers les Pays-Bas. Les conversations incluaient des photos de colis de drogue, des cartes, des tarifs et des modalités de paiement.
Les procureurs ont détaillé sept expéditions d’héroïne liées à Özyıldız grâce aux communications SKY ECC. Le 9 octobre 2020, des messages montraient un fournisseur arrivant dans le district d’Istanbul Gaziosmanpaşa avec 60 kg d’héroïne, rencontrant un coursier dans une pâtisserie nommée Sarıyer Börekçisi.
Dans un autre échange, Özyıldız aurait écrit : « C’est exactement la couleur que je voulais – envoyons-la aux Pays-Bas. »
Deux mois plus tard, la police néerlandaise aurait retrouvé des paquets correspondants entre les mains de dealers de rue.
L’acte d’accusation décrit comment le réseau blanchissait ses gains en utilisant des numéros de série codés sur des billets de 10€, permettant aux coursiers de s’identifier mutuellement. Un paiement de 1,18 million d’euros aurait été remis à un bureau de change du Grand Bazar d’Istanbul, où des complices récupéraient l’argent grâce au billet codé.
Özyıldız a été arrêté en Turquie en 2024, mais de nombreux membres du réseau seraient à l’étranger. Les enquêtes sur les utilisateurs turcs de SKY ECC se poursuivent.
La Turquie, carrefour entre l’Asie et l’Europe, lutte depuis longtemps contre le trafic international de drogue. Les forces de sécurité turques mènent régulièrement des opérations contre l’abus et la contrebande de stupéfiants.
Des raids en avril en Europe et en Turquie liés aux renseignements de SKY ECC
Les gangs criminels utilisent de plus en plus d’outils de communication cryptés, légaux ou clandestins, pour coordonner leurs expéditions et transactions financières.
Europol a démantelé d’importantes structures criminelles grâce aux renseignements recueillis sur Encrochat et ANOM en plus de SKY ECC, qualifiant ces plateformes d' »outils puissants » pour les enquêteurs car les chefs de gangs et équipes logistiques en dépendent fortement.
Une vaste opération paneuropéenne en avril a montré comment les renseignements issus de plateformes cryptées piratées comme SKY ECC continuent d’alimenter de nouvelles enquêtes. La police a mené des raids « sans précédent » contre quatre groupes criminels organisés dans cinq pays, arrêtant 234 suspects dont 225 en Turquie, selon un rapport de l’AFP.
Coordonnée sous le nom d’Opération Bulut (Nuage), les forces ont saisi plus de 21 tonnes de drogue, dont 3,3 millions de comprimés de MDMA, ainsi que des véhicules et de grandes quantités d’argent liquide. Europol a qualifié ce coup de filet de l’un des plus importants portés au crime organisé ces dernières années.
Andy Kraag d’Europol a déclaré à l’AFP que l’opération était rendue possible par les messages obtenus lors des piratages précédents de SKY ECC et ANOM, qualifiant ces données interceptées de « mine d’or » continue fournissant des renseignements exploitables.
Le ministre turc de l’Intérieur a indiqué que les groupes démantelés étaient impliqués dans le trafic de cocaïne d’Amérique du Sud vers la Turquie et l’Europe, d’héroïne depuis l’Iran et l’Afghanistan, de cannabis via les Balkans et d’ecstasy via des routes européennes, ainsi que dans le blanchiment d’argent et la criminalité violente.
Kraag a précisé que l’ensemble du réseau avait été visé « du grand patron au petit criminel de rue ».
Sky ECC était une plateforme de messagerie par abonnement développée par la société canadienne Sky Global. Offrant un chiffrement de bout en bout, elle était largement utilisée à des fins criminelles, notamment pour le trafic de drogue, le blanchiment d’argent et la diffusion de matériel pédopornographique.
Bien que SKY ECC ait officiellement cessé ses activités en mars 2021, des centaines de millions de messages cryptés sont restés accessibles, offrant un aperçu de la structure, des opérations et des liens internationaux des réseaux criminels, continuant ainsi à soutenir les enquêtes dans toute l’UE.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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