Le parti pro-kurde demande un débat parlementaire sur les détenus du procès de Kobani après l’arrêt de la CEDH
Le Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM), pro-kurde, a demandé un débat parlementaire sur la libération des politiciens emprisonnés pour leur rôle présumé dans les violentes manifestations de 2014 dans le sud-est de la Turquie, suite à une décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) mardi, rapporte l’agence Anka.
La CEDH a estimé que la Turquie avait violé les droits de l’ancien co-président du HDP Selahattin Demirtaş, l’un des accusés dans le procès de Kobani, dans sa décision de mardi.
Les manifestations avaient éclaté en 2014 en réaction à l’inaction perçue de la Turquie lors de l’assaut de l’État islamique en Irak et au Levant contre la ville kurde de Kobani en Syrie.
Dans une pétition soumise au président du Parlement turc, les coprésidents du groupe parlementaire du DEM, Gülistan Kılıç Koçyiğit et Sezai Temelli, ont appelé à un débat général sur l’application de l’arrêt récent de la CEDH et la libération de Demirtaş et d’autres figures de l’opposition emprisonnées dans le cadre du procès de Kobani.
Cette initiative intervient un jour après que la Cour basée à Strasbourg a rendu une autre décision en faveur de Demirtaş, en détention provisoire ou emprisonné depuis près de neuf ans. La CEDH a estimé que la Turquie avait violé plusieurs articles de la Convention européenne des droits de l’homme en maintenant sa détention, malgré des décisions antérieures ordonnant sa libération.
Demirtaş, 52 ans, figurait parmi 108 anciens politiciens du Parti démocratique des peuples (HDP), pro-kurde, jugés pour avoir incité aux manifestations. En mai 2024, un tribunal pénal d’Ankara l’a condamné à 42 ans de prison, une décision qu’il conteste actuellement en appel. Le HDP a depuis été remplacé par le DEM.
Dans leur pétition, les élus du DEM affirment que le procès de Kobani – où des dizaines d’autres politiciens ont également écopé de lourdes peines en mai – était politiquement motivé et entaché de graves violations procédurales.
« Ce procès illustre un processus judiciaire guidé par des motifs politiques et constitue un exemple flagrant de l’effondrement de l’État de droit », peut-on lire dans leur requête.
Le parti estime que l’arrêt de la CEDH révèle des violations systémiques des standards juridiques, notamment du droit à un procès équitable et de la liberté d’expression. Selon eux, l’emprisonnement de Demirtaş et d’autres poursuivis pour des motifs similaires s’inscrit dans une répression politique visant l’opposition démocratique.
La CEDH a déclaré dans son arrêt que les autorités turques n’avaient pas fourni de « soupçons raisonnables » que Demirtaş avait commis un crime et que leurs actions semblaient politiquement motivées.
« Les mesures prises par les autorités reposaient sur un raisonnement inadéquat et poursuivaient un but inavoué, à savoir étouffer le débat public et limiter la démocratie », indique le jugement.
Le DEM a appelé à des mesures immédiates pour aligner les pratiques judiciaires et législatives turques sur les standards européens, exhortant les députés à contrer l’effet dissuasif du procès de Kobani sur la vie démocratique et l’indépendance judiciaire.
Les violentes manifestations de Kobani avaient fait plus de 40 morts et des centaines de blessés. Selon les procureurs, les violences avaient été provoquées par les appels lancés par le HDP et son co-président Demirtaş.
Demirtaş et les autres accusés ont toujours nié ces accusations, arguant que leurs appels à la solidarité avec Kobani étaient démocratiques et relevaient de la liberté d’expression.
En 2020, la Grande Chambre de la Cour avait déjà estimé que la détention initiale de Demirtaş était politiquement motivée et violait ses droits. L’arrêt de mardi conclut que ces violations ont persisté lors de son nouvel emprisonnement.
L’incarcération de Demirtaş est largement perçue comme faisant partie d’une répression plus large menée par le président Erdoğan contre les figures d’opposition, visant à réduire au silence les voix dissidentes dans le pays.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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