Kılıçdaroğlu adopte le récit du gouvernement et qualifie les enquêtes visant le CHP de « corruption », non de procès politiques
Les points importants
- Alignement sur le récit gouvernemental : Kılıçdaroğlu qualifie les poursuites visant le CHP d’enquêtes pour corruption, rejetant l’idée de procès politiques.
- Colère au sein du CHP : ses propos sont perçus comme une caution donnée à la répression judiciaire qui cible l’opposition.
- Crise de leadership accentuée : le retour de Kılıçdaroğlu par décision de justice ravive les divisions et complique l’unité du parti.
Kemal Kılıçdaroğlu, le leader réintégré par décision de justice du principal parti d’opposition turc, le Parti républicain du peuple (CHP), a adopté le récit du gouvernement concernant les affaires pénales visant son parti, les présentant comme des enquêtes pour corruption et non comme des poursuites à motivation politique.
Il s’est exprimé ainsi lors d’un entretien avec le chroniqueur du quotidien Cumhuriyet, Mustafa Balbay, qui l’interrogeait sur la pression judiciaire croissante exercée sur le CHP, notamment la poursuite du maire emprisonné d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, et une série d’enquêtes visant les municipalités dirigées par le CHP.
Ces propos ont attiré l’attention car ils reflètent étroitement la position du gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan, lequel nie utiliser la justice pour affaiblir l’opposition et affirme que les affaires visant des responsables du CHP sont des enquêtes légitimes pour corruption.
L’entretien survient en pleine crise de leadership au CHP, après qu’une décision de justice a rendu Kılıçdaroğlu à la tête du parti le mois dernier et destitué Özgür Özel, qui l’avait battu lors du congrès de 2023.
Kılıçdaroğlu a déclaré à Balbay qu’il était ouvert à la critique, mais s’est opposé à ce qu’il a qualifié de désinformation.
Interrogé sur les raisons pour lesquelles il considérait ces affaires comme non politiques, il a répondu : « Ce sont des affaires de corruption. »
Balbay l’a pressé sur l’affaire İmamoğlu, pour laquelle le parquet requiert une peine de prison pouvant aller jusqu’à 2 500 ans, ainsi que sur l’annulation de son diplôme universitaire avant son arrestation en mars 2025.
« Je suis aussi opposé au procès en détention », a répondu Kılıçdaroğlu, ajoutant n’avoir pas changé la position qu’il avait exprimée lors de sa visite à la famille d’İmamoğlu.
İmamoğlu et les autres prévenus dans l’affaire de la municipalité métropolitaine d’Istanbul nient les accusations de corruption et affirment que les poursuites sont motivées politiquement.
Ces propos risquent d’attiser la colère des membres du CHP qui estiment que qualifier ces affaires d’« enquêtes pour corruption » offre une couverture politique à une répression que le parti juge destinée à annuler les gains de l’opposition aux élections locales de mars 2024.
Kılıçdaroğlu a été réintégré à la tête du CHP après qu’une cour d’appel d’Ankara a annulé le 21 mai le congrès de 2023, remporté par Özel, et rétabli l’ancien président et son équipe à titre provisoire.
Cette décision a approfondi les divisions au sein du CHP. Les partisans d’Özel ont rejeté la décision de justice et réclament un congrès extraordinaire, tandis que le camp de Kılıçdaroğlu a entamé les préparatifs d’un congrès ordinaire.
Balbay a également demandé si Kılıçdaroğlu aurait pu rejeter la décision d’annulation tout en préservant l’unité du parti, par exemple en déclarant que les différends internes devaient être réglés lors d’un congrès plutôt que devant les tribunaux.
« Lorsqu’un tribunal rend une décision, on peut la critiquer très sévèrement, mais on doit s’y conformer », a répondu Kılıçdaroğlu.
Kılıçdaroğlu a dirigé le CHP pendant treize ans avant de perdre la tête du parti face à Özel. Il a également été le candidat commun de l’opposition à la présidentielle de 2023, où il a perdu face au président Erdoğan.
Le CHP subit une pression judiciaire et politique croissante depuis ses importants gains aux élections locales de mars 2024. Plus de vingt maires du CHP et des centaines de responsables municipaux ont été placés en détention ou arrêtés dans le cadre d’enquêtes que le parti présente comme visant à inverser les succès électoraux de l’opposition.
İmamoğlu, le maire élu de la plus grande ville de Turquie et principal rival politique du président Erdoğan, reste en détention provisoire pour des accusations de direction d’une organisation criminelle impliquée dans des faits de corruption, de fraude et de trucage d’appels d’offres.
Il nie les accusations et affirme que l’affaire vise à l’écarter de la prochaine course présidentielle.
Le CHP estime que les poursuites contre İmamoğlu et la destitution de la direction d’Özel font partie d’une même tentative d’affaiblir l’opposition avant les prochaines élections nationales.
Le gouvernement nie toute ingérence dans la justice et affirme que les tribunaux turcs agissent de manière indépendante.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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