Le parti pro-kurde accuse Ankara d' »hypocrisie » sur la Syrie pour son soutien à Damas contre les Kurdes
Le Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM), pro-kurde, a accusé Ankara d' »hypocrisie politique » concernant la Syrie, affirmant que la Turquie prétend rechercher la paix chez elle tout en soutenant Damas dans des actions visant les acquis kurdes de l’autre côté de la frontière.
Dans un communiqué publié par son Comité exécutif central le 18 janvier, le parti a déclaré que le nord-est de la Syrie était poussé vers un nouveau cycle de violences et a soutenu que la pression militaire remplaçait le dialogue à un moment où les négociations devraient être renforcées.
« Alors qu’un processus de paix est mené en Turquie, les politiques partisanes poursuivies dans le nord-est de la Syrie durant la même période relèvent de la pure hypocrisie politique », a déclaré le DEM.
Les critiques du parti portent sur le soutien de la Turquie aux autorités intérimaires syriennes, qui étendent leur contrôle dans le nord et l’est de la Syrie au détriment des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, pilier historique de l’autonomie kurde dans la région.
Les FDS, principale force soutenue par les États-Unis ayant combattu le groupe État islamique en Syrie, contrôlent de vastes zones du nord-est du pays depuis plus d’une décennie. La Turquie les considère comme liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe armé qualifié d' »organisation terroriste » par Ankara et ses alliés occidentaux.
Après des jours d’affrontements, le gouvernement syrien et les FDS ont convenu dimanche d’un cessez-le-feu immédiat et de l’intégration complète des FDS dans les institutions nationales syriennes, plaçant ainsi de larges parties de l’ancienne région autonome sous le contrôle de Damas.
La Turquie a salué cet accord, affirmant qu’il mettait fin à ce qu’elle qualifie de tentative de sabotage de ses efforts de paix renouvelés avec le PKK.
Le DEM a déclaré qu’Ankara ne pouvait prétendre rechercher la réconciliation avec les Kurdes en Turquie tout en soutenant en Syrie des politiques affaiblissant leur pouvoir politique et militaire.
« Vous ne pouvez traiter ceux que vous appelez ‘citoyens’ de ce côté de la frontière comme des ‘ennemis’ de l’autre côté », a averti le parti, soulignant que cette contradiction creuserait la méfiance et causerait des dommages durables aux relations kurdo-turques.
Le communiqué accuse les autorités intérimaires syriennes de violer l’accord du 10 mars 2025 conclu avec les forces kurdes et affirme que Damas ne respecte pas ses engagements.
Le DEM a qualifié de « sabotage » la reprise des combats autour du barrage de Tishreen, Tabqa, Raqqa et la campagne de Deir ez-Zor, soulignant que les attaques ont escaladé alors que les FDS avaient signalé leur volonté de redéployer leurs forces pour apaiser les tensions.
Il a également dénoncé des campagnes de diffamation et des « opérations de perception » visant à réduire l’espace de dialogue et à relancer la confrontation.
Le parti a affirmé que la crise syrienne était politique et ne pouvait être résolue par des décrets ou des mesures culturelles limitées. Une solution durable exigerait selon lui un cadre constitutionnel garantissant les droits politiques et une égalité de statut pour tous les groupes.
Il a plaidé pour une constitution démocratique incluant toute la Syrie, avertissant qu’une paix sociale était impossible sans protections pour les alaouites, les druzes et les chrétiens, ni sans liberté de croyance.
Le DEM a critiqué les tentatives de présenter les droits culturels kurdes accordés par décret gouvernemental vendredi comme suffisants, insistant sur la nécessité d’un règlement politique plutôt que de simples réformes civiles ou culturelles.
Le communiqué a évoqué le leader emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, selon qui les affrontements en Syrie viseraient à saper les efforts de paix en Turquie.
Il a rappelé qu’Öcalan prône le dialogue pour résoudre les problèmes syriens et a appelé toutes les parties à faire preuve de retenue.
Le DEM a exhorté le gouvernement turc, notamment les ministères des Affaires étrangères et de la Défense, à abandonner les politiques nuisibles aux relations kurdo-turques et à aligner sa politique syrienne sur ses efforts de paix intérieure.
Le parti a demandé l’arrêt des attaques dans le nord de la Syrie et un retour aux négociations constitutionnelles.
Il a appelé les États régionaux à œuvrer pour la paix entre Kurdes et Arabes, avertissant qu’un conflit élargi menacerait la stabilité régionale.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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