Le PACE classe la Turquie parmi les principaux auteurs de répression transnationale
Les points importants
- Classement du PACE : La Turquie figure parmi les dix principaux États pratiquant la répression transnationale, selon un rapport qui détaille des enlèvements et des attaques.Cas emblématiques : Le rapport cite l'enlèvement d'Orhan İnandı, lié au mouvement Gülen, et des agressions contre des journalistes turcs en exil.Appel à l'action : Le PACE demande des sanctions ciblées, des lois contre la répression transfrontalière et une révision des demandes d'extradition.
L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (PACE) a classé la Turquie parmi les dix premiers pays auteurs de répression transnationale, tandis qu’un rapport annexe détaillait des opérations présumées des services de renseignement turcs et des attaques visant des journalistes en exil et des personnes liées au mouvement Gülen à l’étranger, selon le Stockholm Center for Freedom.
La résolution, adoptée jeudi, appelle à une réponse internationale coordonnée contre les gouvernements qui poursuivent leurs critiques au-delà des frontières, notamment par des enlèvements, la surveillance, des menaces, l’utilisation abusive des systèmes policiers et judiciaires internationaux, et des pressions sur les proches restés dans le pays d’origine.
Le PACE a appelé les États à adopter des lois ou des mesures équivalentes pour prévenir et punir la répression transnationale, poursuivre les auteurs, imposer des sanctions ciblées aux responsables étrangers impliqués dans de tels actes et expulser ou restreindre les diplomates compromis dans la répression à l’étranger.
Il a également exhorté les États à prendre en compte le bilan d’un pays en matière de répression transnationale lors de l’examen des demandes d’extradition ou d’autres formes de coopération juridique, et à enquêter sur les risques de répression dans les cas d’asile impliquant des personnes fuyant des pays connus pour abuser des outils antiterroristes contre des opposants politiques.
Le PACE est l’organe parlementaire du Conseil de l’Europe. Ses résolutions n’ont pas force de loi, mais elles ont un poids politique et contribuent souvent à façonner la politique des droits de l’homme parmi les États membres.
La résolution a cité des données de Freedom House documentant 1 375 cas de répression transnationale physique depuis 2014, perpétrés par 54 États d’origine et affectant des personnes dans 107 États d’accueil. Elle a classé la Chine, la Turquie, la Russie, le Tadjikistan, l’Égypte, le Turkménistan, le Cambodge, l’Ouzbékistan, l’Iran et la Biélorussie parmi les dix principaux auteurs.
Le PACE définit la répression transnationale comme des efforts liés à l’État pour intimider, réduire au silence, harceler, contraindre, enlever, blesser ou tuer des personnes à l’étranger, y compris les dissidents politiques, les militants, les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes, les opposants politiques, les universitaires, les membres des communautés de la diaspora et leurs proches.
La résolution indique que cette répression peut inclure des meurtres, des menaces ou des violences, des enlèvements, une surveillance illégale, le harcèlement de proches dans le pays d’origine, l’utilisation abusive des notices d’INTERPOL et des demandes d’extradition, des désignations abusives de terrorisme ou d’extrémisme, des restrictions de passeport, le refus de services consulaires, des poursuites judiciaires visant à réduire au silence les critiques et la répression financière.
Un rapport annexe du 4 juin de la commission des questions juridiques et des droits de l’homme du PACE incluait plusieurs cas liés à la Turquie. Il citait l’enlèvement en 2021 d’Orhan İnandı, un éducateur turco-kirghize et fondateur du réseau d’écoles Sapat au Kirghizistan, qui a été enlevé au Kirghizistan, les yeux bandés, conduit pendant plusieurs heures et emmené en Turquie par l’Organisation nationale du renseignement turque (MİT). Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a ensuite reconnu que le MİT avait amené İnandı en Turquie.
İnandı a été condamné en juin 2023 à 21 ans de prison par la 23e haute cour pénale d’Ankara pour des liens présumés avec le mouvement Gülen. Les photos d’İnandı en détention montraient une perte de poids visible et une main droite enflée, suscitant des allégations de torture. İnandı a déclaré à un tribunal lors de sa première audience qu’il avait été torturé pendant 37 jours et privé de soins médicaux adéquats.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le défunt prédicateur musulman Fethullah Gülen, depuis que des enquêtes pour corruption en décembre 2013 l’ont impliqué ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle rapproché. Il a rejeté ces enquêtes comme un complot de sympathisants du mouvement Gülen et a ensuite qualifié le mouvement d’Organisation terroriste en mai 2016, intensifiant une vaste répression après une tentative de coup d’État en juillet de la même année qu’il a accusé Gülen d’avoir orchestrée. Le mouvement nie toute implication dans la tentative de coup d’État ou toute activité terroriste.
Le rapport a également cité des attaques contre des journalistes turcs vivant en exil en Europe. Il a indiqué qu’Erk Acarer, un journaliste turc résidant en Allemagne, a été attaqué au couteau devant son domicile à Berlin en 2021 après avoir critiqué le parti au pouvoir en Turquie, le Parti de la justice et du développement (AKP), et son allié, le Parti d’action nationaliste (MHP) d’extrême droite. La police allemande a déclaré que l’attaque pourrait être liée à son journalisme, selon le rapport.
Le rapport du PACE a également cité des attaques contre Ahmet Dönmez, un journaliste turc vivant en exil. Dönmez, connu pour ses reportages sur des liens présumés entre des figures mafieuses et des responsables du gouvernement turc, a été attaqué par deux hommes à Stockholm en mars 2022 devant sa fille de 6 ans.
Dönmez a perdu connaissance et a été en soins intensifs pendant environ 20 jours. Avant l’attaque, il avait dit avoir reçu des menaces de mort après avoir affirmé dans une vidéo YouTube que l’ancien ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu avait protégé un chef mafieux. Dönmez a ensuite déclaré qu’il ne se sentait plus en sécurité en Suède.
Le rapport a indiqué qu’un document du gouvernement turc divulgué, daté du 18 janvier 2024, alléguait que des services de renseignement turcs opérant depuis l’ambassade de Turquie à Stockholm avaient espionné des journalistes en Suède, y compris d’autres Turcs ayant obtenu l’asile politique.
La résolution intervient dans un contexte de préoccupation internationale croissante face aux gouvernements autoritaires qui utilisent les agences de renseignement, les mécanismes de coopération policière, les tribunaux, les systèmes financiers et les réseaux diplomatiques pour poursuivre les critiques à l’étranger.
Des organisations telles que Human Rights Watch et Freedom House ont identifié la Turquie comme un auteur majeur de la répression transfrontalière de la dissidence, citant un schéma de demandes d’extradition motivées politiquement, de surveillance et de pressions sur les gouvernements hôtes. Le département d’État américain et les Nations unies ont également exprimé leurs inquiétudes quant à l’utilisation abusive par Ankara des mécanismes internationaux pour poursuivre les critiques à l’étranger, avertissant que de telles pratiques sapent les normes juridiques internationales et mettent en danger les droits des personnes exilées.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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