Le ministre de la Justice défend son projet de vérification d’identité, affirmant que les réseaux sociaux ne sont « pas un espace de liberté »
Le ministre turc de la Justice a défendu des projets de régulation drastique des réseaux sociaux, qualifiant ces plateformes de « non libres » et confirmant l’intention du gouvernement d’introduire une législation exigeant la vérification d’identité des utilisateurs, selon l’agence Anka.
S’exprimant sur NTV, le ministre Akın Gürlek, ancien procureur général d’Istanbul nommé à son poste actuel début octobre, a déclaré que les comptes anonymes et fictifs ne devraient plus être autorisés et que les utilisateurs doivent assumer la responsabilité légale de leurs publications.
« Si une personne ouvre un compte, elle doit en assumer la responsabilité. Les comptes fictifs et anonymes ne devraient pas exister », a-t-il affirmé.

Gürlek a indiqué que les utilisateurs actuels de comptes anonymes pourraient bénéficier d’une période de transition de quatre mois maximum pour passer à des identités vérifiées, sous peine de fermeture de compte.
« Si vous utilisez un compte sur les réseaux sociaux, ce sera votre compte personnel », a-t-il déclaré, précisant avoir constitué une équipe spéciale dès son premier jour en poste pour travailler sur ce dossier.
Le ministre a accusé les comptes anonymes d’alimenter le harcèlement en ligne, la diffamation et les tentatives d’influence sur les procédures judiciaires, affirmant que les juges sont affectés par les commentaires partagés sur les réseaux sociaux où, selon lui, les internautes se permettent de juger sans connaître les détails des affaires.
Ces modifications devraient figurer dans le 12e Paquet de Réformes Judiciaires de la Turquie. Le débat, initialement centré sur la restriction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, s’est élargi à une régulation plus générale touchant mineurs et adultes.
Selon des éléments du projet déjà révélés, les plateformes devront vérifier l’identité des utilisateurs via leur numéro de téléphone ou une intégration avec le système e-Devlet du gouvernement.
Les moins de 15 ans se verront interdire l’ouverture de compte, tandis que des mesures techniques ou biométriques supplémentaires pourraient être imposées aux moins de 18 ans.
Le projet prévoit également un mécanisme permettant aux autorités d’ordonner le retrait rapide de contenus jugés illégaux sans attendre une décision de justice.
Les entreprises ne respectant pas les exigences de vérification ou de retrait de contenu pourraient subir des sanctions, notamment des réductions graduelles de bande passante internet, une mesure déjà utilisée par les régulateurs turcs contre des plateformes sociales.
Gürlek a par ailleurs critiqué ce qu’il appelle les tendances « sans genre » et les « mouvements déviants », annonçant que le gouvernement agira contre les contenus en ligne jugés nuisibles à la morale publique.
Ses déclarations interviennent après des initiatives législatives du Parti de la justice et du développement (AKP) visant les personnes LGBTQ+. Des dispositions similaires incluses dans de précédents paquets de réformes avaient été retirées face à l’opposition de l’opinion publique.
La Turquie a considérablement renforcé son contrôle étatique sur internet depuis la tentative de coup d’État de 2016, adoptant des lois élargissant les pouvoirs des autorités pour bloquer des sites, exiger des retraits de contenu, obliger les réseaux sociaux à nommer des représentants locaux et imposer des restrictions publicitaires ou de bande passante aux plateformes récalcitrantes.
Les groupes de défense des droits dénoncent l’effet cumulatif de ces mesures, qui renforce selon eux le contrôle gouvernemental sur la parole en ligne et facilite les enquêtes et poursuites liées à l’activité sur les réseaux sociaux.
Le projet de loi devrait être soumis au parlement dans les prochains jours.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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