Le leader emprisonné du PKK qualifie les affrontements en Syrie de tentative de « sabotage » des pourparlers de paix
Abdullah Öcalan, le leader emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a déclaré que les récents affrontements meurtriers en Syrie entre les forces gouvernementales et les combattants kurdes semblent viser à faire dérailler les pourparlers de paix en cours entre la Turquie et le PKK, selon une délégation du Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM Partisi), pro-kurde.
La délégation a indiqué qu’Öcalan a tenu ces propos lors d’une visite samedi à l’île-prison d’İmralı, près d’Istanbul, où il est détenu dans un isolement quasi-total depuis 1999.
Selon la délégation, Öcalan « considère cette situation [en Syrie] comme une tentative de saboter le processus de paix » en Turquie et a réaffirmé son engagement envers ce qu’il a décrit comme un processus de « paix et de société démocratique », appelant à des mesures pour faire avancer les négociations.
L’an dernier, Öcalan avait appelé le PKK à déposer les armes et à se dissoudre, après un conflit avec l’État turc qui dure depuis plus de quatre décennies et a fait au moins 50 000 morts.
Le PKK avait lancé un avertissement similaire plus tôt ce mois-ci, déclarant que les violences en Syrie « remettent en question le cessez-le-feu entre notre mouvement et la Turquie ».
Ces commentaires interviennent alors que les combats en Syrie continuent de redessiner le contrôle des territoires dans le nord et l’est du pays, avec le retrait des forces dirigées par les Kurdes de zones clés et l’expansion de la présence des troupes gouvernementales.
Dimanche matin, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes, se sont retirées de zones dans la campagne orientale de Deir Ezzor, notamment des champs pétroliers d’al-Omar et de Tanak, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Ce groupe basé au Royaume-Uni a ajouté que ce retrait a placé ces zones sous contrôle gouvernemental effectif.
Al-Omar est le plus grand champ pétrolier de Syrie et abritait auparavant la plus grande base militaire américaine dans le pays. Les forces kurdes le contrôlaient depuis 2017, après le retrait du groupe État islamique.
Le gouvernement a affirmé avoir également repris le contrôle d’autres champs pétroliers dans la province de Raqqa, dont Safyan et al-Tharwa. Le ministre syrien de l’Énergie, Mohammad al-Bashir, a déclaré que le retour de ces ressources sous contrôle étatique favoriserait la reconstruction et relancerait l’agriculture, l’énergie et le commerce.
L’offensive syrienne s’est concentrée sur des zones à majorité arabe passées sous contrôle kurde durant la lutte contre le groupe État islamique. Ce dernier a été vaincu en Syrie avec le soutien des FDS, soutenues par les États-Unis.
Un correspondant de l’Agence France-Presse à Tabqa, une ville de la province de Raqqa, a observé des véhicules blindés et des chars alors que les forces de sécurité patrouillaient dans les rues après le retrait des forces kurdes. Une source sécuritaire a indiqué que les troupes gouvernementales ratissaient les quartiers. Des tirs sporadiques ont été entendus, décrits par un officier de sécurité comme des affrontements limités.
Les magasins étaient fermés, et certains habitants se tenaient devant leurs maisons, allumant des feux pour se réchauffer. Un résident, Ahmad Hussein, a déclaré que les gens avaient peur mais espéraient une amélioration avec l’arrivée des troupes gouvernementales.
Un photographe de l’AFP a vu des habitants près du barrage de l’Euphrate détruire une statue rendant hommage à une combattante tuée par le groupe État islamique pendant la bataille de Raqqa, autrefois son principal bastion en Syrie.
Les autorités syriennes ont accusé les FDS d’avoir fait sauter deux ponts clés sur l’Euphrate dans la province de Raqqa. L’administration kurde a accusé les forces gouvernementales d’avoir attaqué ses combattants sur plusieurs fronts. L’armée syrienne a affirmé que les FDS ne respectaient pas leur engagement de se retirer complètement à l’est du fleuve.
La province de Deir Ezzor a annoncé la fermeture de toutes les institutions publiques dimanche et a exhorté les habitants à rester chez eux.
Les affrontements ont éclaté après l’échec des négociations sur l’intégration de l’administration autonome de facto des Kurdes et de leurs forces dans le nouveau gouvernement syrien, arrivé au pouvoir après la chute de l’ancien dirigeant Bachar al-Assad en 2024. Les forces gouvernementales syriennes ont repris de vastes zones du nord, chassant les forces kurdes de territoires où elles exerçaient leur autonomie depuis plus d’une décennie.
Le président syrien Ahmed al-Sharaa a publié un décret accordant une reconnaissance officielle aux Kurdes, un geste qualifié de bonne volonté par les analystes. Les autorités kurdes ont estimé que cette mesure n’allait pas assez loin et ont évoqué des mois de pourparlers au point mort sur l’intégration.
Le retrait kurde est intervenu un jour après la rencontre à Erbil, en Irak, entre l’envoyé américain Tom Barrack et le leader kurde syrien Mazloum Abdi, et après l’appel du Commandement central américain aux forces gouvernementales syriennes à cesser leurs actions offensives dans le corridor entre Alep et Tabqa.
La Turquie, qui considère les forces kurdes en Syrie comme un groupe terroriste lié au PKK, a salué l’opération syrienne visant des « organisations terroristes ».
À Qamishli, principale ville kurde du nord-est de la Syrie, des centaines d’habitants ont manifesté dimanche, a rapporté un correspondant de l’AFP, scandant des slogans comme « Nous défendrons nos héros ».
Muhayeddine Hassan, 48 ans, a déclaré que les manifestants voulaient un système politique représentant tous les Syriens.
« Si al-Sharaa veut l’égalité… les massacres doivent cesser », a-t-il déclaré.
© Agence France-Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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