Le gendarme des médias turcs avertit les chaînes qu’il surveille la couverture du sommet de l’OTAN
Les points importants
- Directives sécuritaires : RTÜK exige une couverture conforme à la « sécurité nationale » et surveille toutes les émissions.
- Accréditations refusées : Plusieurs médias indépendants, dont T24, Cumhuriyet, ANKA et Sözcü TV, se voient refuser l’accès au sommet.
- Détentions préventives : Des journalistes sont arrêtées avant le sommet, dénoncées par Reporters sans frontières.
Le gendarme turc des médias a ordonné aux chaînes de couvrir le sommet de l’OTAN qui se tient cette semaine à Ankara dans une perspective de « sécurité nationale » et les a averties que leurs émissions sont surveillées, suscitant de nouvelles inquiétudes sur les pressions médiatiques avant ce rassemblement de haut niveau.
Le Conseil suprême de la radio et de la télévision (RTÜK) a émis cet avertissement avant le sommet des 7 et 8 juillet, qui réunira les dirigeants des 32 États membres de l’OTAN dans la capitale turque sous haute sécurité, avec fermetures de routes et interdiction des manifestations dans toute la ville.
Dans un message publié sur X, le RTÜK a qualifié le sommet d’événement diplomatique international important au cours duquel la Turquie montrerait au monde « la dignité de notre État et l’hospitalité de notre noble nation ».
KAMUOYUNA VE YAYINCI KURULUŞLARIMIZA
7-8 Temmuz tarihlerinde Ankara, ülkemizin bölgesel ve küresel barışa katkı sunacağı önemli bir uluslararası diplomasi buluşmasına ev sahipliği yapacaktır. Türkiye’nin NATO içindeki kilit rolünü, diplomatik etkinliğini ve bölgesel… pic.twitter.com/RVMWXPBN6S
— RADYO VE TELEVİZYON ÜST KURULU (@rtukkurumsal) July 5, 2026
Le conseil a déclaré que les radiodiffuseurs devaient tenir compte de « l’intérêt public et de notre perspective de sécurité nationale » dans les programmes d’information et de débat pendant le sommet.
Il a également indiqué que « tous les flux de diffusion » étaient surveillés par les experts du RTÜK « avec le soin nécessaire » en raison de l’importance du sommet.
Cette formulation risque d’accroître les craintes que les médias ne soient mis en garde contre une couverture qui pourrait jeter une lumière négative sur le sommet ou la façon dont le gouvernement le gère.
Cet avertissement intervient alors que la Turquie est déjà critiquée pour l’accès aux médias, les détentions et les restrictions massives imposées à Ankara avant le sommet.
Plusieurs médias turcs indépendants, dont le journal en ligne T24, le quotidien Cumhuriyet, l’agence de presse ANKA et Sözcü TV, se sont vu refuser l’accréditation pour couvrir le sommet, suscitant des critiques de la part des organisations de presse.
La porte-parole de l’OTAN, Allison Hart, a déclaré le 25 juin que pour les sommets et les réunions ministérielles tenus en dehors du siège de l’OTAN, l’Alliance s’appuie sur les évaluations du pays hôte pour décider de l’accès des journalistes au site de la réunion.
Les pressions sur les médias coïncident avec la détention de journalistes avant le sommet.
Buse Söğütlü, rédactrice en chef des actualités internationales chez T24, et Ceren Erdoğdu, journaliste à OdaTV, ont été détenues dimanche pour des raisons qui n’étaient pas immédiatement claires, selon leurs rédactions. L’avocate de Söğütlü, Erman Öztürk, a déclaré à l’Agence France-Presse que la détention semblait liée au sommet de l’OTAN.
Erol Önderoğlu, représentant de Reporters sans frontières (RSF) pour la Turquie, a condamné ce qu’il a appelé des « opérations aveugles, arbitraires et chaotiques lancées avant le sommet de l’OTAN », affirmant qu’elles « menacent clairement la réputation et la sécurité des journalistes ».
Le RTÜK est depuis longtemps critiqué par les hommes politiques de l’opposition et les groupes de défense de la liberté de la presse pour avoir imposé des amendes, des suspensions de programmes et des interdictions temporaires de diffusion aux chaînes de télévision critiques et proches de l’opposition.
Le régulateur affirme que ses sanctions sont fondées sur des violations des règles de diffusion, tandis que les critiques estiment qu’elles sont appliquées de manière sélective et qu’elles sont devenues un outil pour faire pression sur les médias qui critiquent le gouvernement.
Ces dernières années, le gendarme des médias a ciblé à plusieurs reprises des chaînes comme Halk TV, TELE 1 et Sözcü TV, notamment lors de périodes politiquement sensibles comme la répression qui a suivi l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu en mars 2025.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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