Le fonds public turc devient la plus grande puissance économique du pays
Le Fonds d’assurance des dépôts d’épargne (TMSF), géré par l’État turc, est devenu l’un des principaux acteurs économiques du pays après que les tribunaux ont placé 1 123 entreprises sous son contrôle via des nominations d’administrateurs judiciaires et des saisies d’actifs.
Cette expansion s’est accélérée depuis mars, alors que les procureurs ont obtenu des décisions de justice transférant les droits de gestion de centaines d’entreprises au TMSF dans le cadre du système turc de tutelle administrative. Les derniers ajouts incluent sept entreprises liées à la plateforme médiatique numérique GAİN, portant le total sous gestion du fonds à 1 123 sociétés.
Selon les données officielles, les entreprises sous contrôle du TMSF emploient près de 56 000 personnes et détiennent des actifs combinés de 361,2 milliards de livres turques (8,5 milliards de dollars). Le fonds effectue ce travail avec seulement 504 employés.
Les entreprises concernées couvrent de multiples secteurs. Le bâtiment et l’architecture représentent 14%, suivis par l’agroalimentaire (13%) et l’énergie (12%).
Opérations récentes
Le cas le plus médiatisé récemment concernait GAİN Media, une plateforme numérique de premier plan. Le 16 décembre, les tribunaux ont nommé le TMSF comme administrateur judiciaire de GAİN Media et six sociétés affiliées suite à une enquête du procureur général d’Istanbul pour des accusations incluant le blanchiment d’argent et les paris illégaux.
L’accélération depuis mars coïncide avec une répression plus large débutant par l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu pour corruption. Les critiques affirment que cette affaire visant İmamoğlu, figure majeure de l’opposition, est politiquement motivée.
Des analystes et dirigeants économiques cités dans une analyse d’octobre du Financial Times estiment que ces enquêtes visent à montrer aux électeurs que le gouvernement poursuit des affaires de corruption de manière générale, sans cibler uniquement les opposants. D’autres soulignent des schémas plus anciens. Berk Esen, professeur assistant en sciences politiques à l’Université Sabancı d’Istanbul, déclarait au Financial Times que le Parti de la justice et du développement (AKP) utilise le TMSF pour remodeler des pans de l’économie et rediriger des ressources, marginalisant les groupes qu’il perçoit comme rivaux.
Le TMSF fut créé en 1983 pour protéger les dépôts bancaires et gérer les institutions financières en faillite. Son mandat s’est considérablement élargi après la tentative de coup d’État de 2016, lorsque les autorités ont confisqué plus de 1 300 entreprises présumées liées au mouvement Gülen, un groupe confessionnel inspiré par l’érudit musulman Fehullah Gülen.
Selon le fonds, plus de 600 de ces entreprises ont ensuite été restituées à leurs propriétaires originaux après examen judiciaire, tandis que d’autres ont été vendues ou liquidées.
Selon la loi turque, les nominations d’administrateurs judiciaires constituent une mesure provisoire et ne valent pas confiscation définitive. La propriété reste aux actionnaires pendant la procédure judiciaire.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




