Le directeur de Habertürk TV parmi 4 personnes incarcérées pour un présumé réseau d’exploitation lié à la drogue
Un tribunal turc a incarcéré quatre personnes accusées de consommation de drogue, dont le rédacteur en chef de Habertürk TV, une importante chaîne d’information nationale, que les procureurs accusent d’avoir mêlé stupéfiants et exploitation sexuelle de femmes de son entourage.
Habertürk TV est une chaîne privée basée à Istanbul diffusant informations et débats à travers la Turquie, généralement perçue comme proche – ou du moins non hostile – au gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan.
Le tribunal d’Istanbul a ordonné le 11 décembre la détention provisoire du rédacteur en chef Mehmet Akif Ersoy et de trois autres suspects dans une enquête ouverte par le parquet général d’Istanbul.
Les procureurs affirment que le dossier concerne des infractions liées aux stupéfiants selon le code pénal turc, accusant les suspects d’avoir acheté ou détenu des substances narcotiques pour usage personnel et d’avoir fourni un lieu permettant à d’autres d’en consommer.
Les unités de gendarmerie d’Istanbul, dépendant du ministère de l’Intérieur et habituellement chargées des zones rurales, ont arrêté Ersoy le 9 décembre sur ordre du parquet avant de l’interroger au siège de la gendarmerie.
Le même dossier implique plusieurs autres personnes, dont la rédactrice en chef des informations internationales de Habertürk TV Elif Kılınç, libérées sous contrôle judiciaire après leur interpellation.
Dans un réquisitoire envoyant Ersoy et trois coaccusés devant la justice, les procureurs décrivent un réseau permettant la consommation de drogue dans des résidences privées et approvisionnant des femmes fréquentant ces lieux.
Le document affirme qu’après consommation, « plus de deux personnes » avaient des relations sexuelles collectives, précisant que les suspects tiraient des « avantages sectoriels et matériels » pour eux-mêmes et leurs relations dans le milieu médiatique en impliquant ces femmes.
Les procureurs n’inculpent pas pour « relations sexuelles de groupe » mais présentent ces allégations comme un système d’exploitation combinant drogue, faveurs sexuelles et avantages professionnels dans l’audiovisuel.
Aucun acte d’accusation complet ni date de procès n’ont encore été communiqués.
Dans sa déposition rapportée par des médias turcs, Ersoy nie toute consommation de drogue et qualifie les accusations de relations collectives de « mensonges » et « calomnies ignobles ».
Il affirme n’avoir jamais consommé de substances stupéfiantes et insiste sur le caractère strictement sentimental de ses relations, excluant toute dimension criminelle.
L’ex-présentatrice de Habertürk TV Nur Köşker a publiquement accusé Ersoy de harcèlement prolongé et d’abus de pouvoir durant son passage à la chaîne.
Köşker décrit des messages nocturnes sur son physique, des directives vestimentaires sexualisantes pour les plateaux, et des pressions implicites liant sa carrière à sa soumission.
Elle affirme avoir quitté la chaîne puis la Turquie après des ultimatums du type « soit tu acceptes mes avances, soit tu finis aux archives ».
Son témoignage pointe un problème systémique dans la télévision turque où les animatrices subiraient des chantages sexuels pour conserver leurs émissions.
Ersoy n’a pas répondu publiquement à ces accusations précises, ses dénégations portant uniquement sur le dossier pénal.
Le commentateur pro-gouvernemental Rasim Ozan Kütahyalı a affirmé sur X avoir transmis aux autorités des témoignages similaires d’autres femmes de la chaîne.
Un compte X se présentant comme porte-parole du personnel de Habertürk accuse également Ersoy de diriger un réseau prostitutionnel récompensant les collaboratrices et écartant les récalcitrantes – des allégations non encore jugées.
Cette affaire s’inscrit dans une vague d’enquêtes visant cette année des personnalités médiatiques et économiques pourtant non-opposantes au régime.
Les analystes y voient une évolution vers le remodelage des rapports de pouvoir internes au système par des moyens judiciaires et moraux.
Ils notent aussi le recours récurrent du parquet d’Istanbul à la gendarmerie plutôt qu’à la police municipale pour des dossiers sensibles, peut-être par méfiance envers des cadres policiers proches du MHP.
Ce scandale fait suite à une enquête distincte en septembre contre Can Holding, conglomérat propriétaire de Habertürk TV, Show TV et Bloomberg HT, accusé de blanchiment et placé sous tutelle étatique avec saisie de 100 entreprises.
Le tribunal a confié ces actifs au Fonds d’assurance des dépôts (TMSF), organisme étatique détourné de sa mission bancaire initiale pour contrôler entreprises et médias via des administrateurs judiciaires.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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