Le CPJ exhorte la Syrie à révéler le sort des journalistes disparus travaillant pour des médias basés à Istanbul
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a appelé mercredi les autorités syriennes à clarifier le sort et la localisation d’une journaliste allemande et d’un journaliste kurde travaillant pour des médias stambouliotes, portés disparus depuis le 18 janvier à Raqqa. Les circonstances évoquent une disparition forcée.
Le CPJ a rapporté que la journaliste allemande Eva Maria Michelmann et le journaliste kurde Ahmed Polad, collaborateurs de l’agence de presse ETHA et de la chaîne Özgür TV basées à Istanbul, ont été aperçus pour la dernière fois lors de la prise de contrôle de la ville par les forces gouvernementales syriennes lors d’une offensive contre les Forces démocratiques syriennes (FDS) à dominante kurde.
Selon l’agence ETHA, Michelmann et Polad ont quitté un bâtiment lié aux autorités kurdes avec des civils fuyant la ville avant d’être séparés du groupe et placés dans un véhicule des forces gouvernementales syriennes.
En droit international des droits de l’homme, une disparition forcée implique généralement une privation de liberté par des agents de l’État (ou avec leur complicité), suivie d’un refus de reconnaître la détention ou de dissimuler le sort de la personne. Le CPJ n’a pas explicitement utilisé ce terme juridique, mais les témoignages des proches et collègues pointent vers cette inquiétude.
« La disparition d’Eva Maria Michelmann et Ahmed Polad à Raqqa soulève de graves préoccupations quant à la sécurité des journalistes travaillant en Syrie », a déclaré Joud Hasan, coordinatrice du programme Levant du CPJ. Elle a exigé des clarifications sur leur sort, notamment une éventuelle détention, et des garanties pour leur sécurité.
Polad, producteur et reporter pour Özgür TV qui contribuait aussi à ETHA, s’était rendu à Raqqa pour couvrir les combats, selon Serpil Arslan, rédactrice en chef d’Özgür TV. Elle a indiqué au CPJ qu’il avait tenté de faire un direct avant d’envoyer des images alors que les affrontements s’intensifiaient. Les communications ont été coupées après son signalement concernant l’encerclement du bâtiment où il se trouvait avec des civils.
Le frère de Michelmann, Toni Michelmann, affirme au CPJ qu’elle a été détenue par les forces du gouvernement transitionnel syrien, sans aucun signe de vie depuis. Arzu Demir, membre du comité éditorial d’ETHA, précise que la journaliste couvrait le Rojava depuis quatre ans sous anonymat pour des raisons de sécurité. Un témoin aurait vu les deux journalistes isolés puis emmenés dans un véhicule distinct.
Roland Meister, avocat de Michelmann, a indiqué au CPJ que des démarches étaient en cours auprès du gouvernement allemand, sans résultat à ce jour.
Contacté par le CPJ, Omar Haj Ahmed, directeur général de la presse au ministère syrien de l’Information, a déclaré ne pas être informé de cet incident et n’avoir reçu aucune demande officielle. Morhaf al-Hussein, directeur des médias du gouvernorat de Raqqa, a assuré suivre le dossier.
La Syrie reste l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes, exposés aux détentions, disparitions, bombardements et ciblages par divers acteurs étatiques et non-étatiques.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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