L’aviation turque prise pour cible en Inde suite au boycott lié au soutien d’Ankara au Pakistan
L’autorité indienne de régulation aéronautique n’a accordé qu’une prolongation de trois mois au contrat de location d’avions entre Turkish Airlines (THY) et la principale compagnie aérienne indienne IndiGo, fixant une échéance au 31 août – bien plus courte que les six mois demandés par IndiGo, rapporte Reuters .
Cette décision contraint IndiGo à résilier son bail avec THY fin août et à trouver des alternatives en raison d’un boycott officieux lié au soutien d’Ankara au Pakistan dans le récent conflit au Cachemire.
La Direction générale de l’aviation civile (DGCA), organisme de régulation national indien, a qualifié cette prolongation pour la location de deux Boeing 777-300ER de décision « exceptionnelle, ultime et définitive ».
Le régulateur a également annoncé la résiliation pour la même date d’un accord de partage de codes entre IndiGo et THY, obligeant le premier transporteur domestique indien à repenser sa stratégie pour son réseau international long-courrier.
En vigueur depuis 2018, cet accord permettait à IndiGo de connecter ses passagers à diverses destinations européennes et américaines via Istanbul, véritable plaque tournante transcontinentale pour la compagnie low-cost indienne.
En 2023, ce partenariat s’était renforcé avec la location par IndiGo de deux Boeing 777-300ER à THY, appareils opérés par des équipages turcs sur les liaisons à forte capacité entre New Delhi, Mumbai et Istanbul.
Ce développement intervient dans un contexte de détérioration des relations indo-turques, après les déclarations du président turc Recep Tayyip Erdoğan et de son ministère des Affaires étrangères exprimant leur inquiétude face aux frappes aériennes indiennes au Cachemire et évoquant un risque d’escalade.
Ces commentaires faisaient suite à des échanges de tirs entre le Pakistan et l’Inde le long de la Ligne de contrôle, frontière de facto dans cette région disputée, durant plusieurs nuits consécutives fin avril. Les affrontements ont duré quatre jours avant un cessez-le-feu.
La réaction turque a déclenché une vague de sentiment nationaliste en Inde, avec des appels au boycott des produits, services et partenariats turcs.
Entreprises, universités et consommateurs indiens rompent désormais leurs liens avec la Turquie après les prises de position pro-pakistanaises d’Ankara.
Le 16 mai, la concurrente Air India a exhorté les autorités à annuler l’accord de location d’IndiGo avec THY, invoquant des questions de sécurité nationale et de concurrence déloyale. Cette demande s’inscrit dans un contexte d’appels croissants à des mesures punitives contre les entités perçues comme alignées sur les intérêts turcs.
Les réactions populaires ont été rapides et massives. Des organisations commerciales comme la Confédération des commerçants indiens (CAIT) ont organisé des sommets nationaux réclamant l’arrêt total des échanges avec la Turquie et l’Azerbaïdjan.
Le ministère indien de l’Aviation a également révoqué l’agrément de sécurité de la société turque de handling Çelebi, présente dans neuf aéroports indiens. L’entreprise a déposé un recours en justice, arguant que cette décision perturberait ses opérations internationales.
Çelebi souligne son statut d’entreprise privée – non contrôlée par l’État turc, avec 65% de son capital détenu par des investisseurs internationaux de premier plan – et estime que ses activités devraient pouvoir continuer indépendamment des affiliations géopolitiques d’Ankara.
Le tourisme est également durement touché. Les réservons pour la Turquie et l’Azerbaïdjan ont chuté de 60%, tandis que les annulations ont bondi de 250% la semaine dernière selon les médias indiens. Des agences comme MakeMyTrip et EaseMyTrip ont suspendu leurs offres de voyages dans la région.
Des personnalités politiques indiennes ont relayé ce sentiment. « Chaque Indien voyageant à l’étranger comprend que ses roupies durement gagnées ne doivent pas soutenir ceux qui aident nos adversaires », a déclaré Rajeev Chandrasekhar, membre du parti Bharatiya Janata du Premier ministre Narendra Modi. Les autorités turques n’ont pas réagi publiquement à ces déclarations et aucune résolution diplomatique formelle n’a été proposée à ce jour.
Le boycott affecte également les échanges agricoles et de matériaux de construction. Les agriculteurs indiens se félicitent du recul des importations de pommes turques, espérant une hausse des prix locaux. À Udaipur, plaque tournante du traitement du marbre, les commerçants ont cessé d’importer du marbre turc, qui représentait 70% de l’approvisionnement.
Malgré ces gestes très visibles, les analystes soulignent que l’interdépendance économique entre les deux pays reste limitée. Les échanges commerciaux sont modestes : en 2024, la Turquie n’a importé que 2% de ses biens depuis l’Inde et n’y a exporté que 0,5% de sa production.
Les principales exportations turques vers l’Inde incluent des machines et des fruits, mais les volumes globaux sont faibles. Les liens touristiques sont tout aussi ténus : sur les 52 millions de touristes ayant visité la Turquie en 2024, seuls 330 000 étaient Indiens. Autrement dit, sur 1 000 visiteurs en Turquie, seulement 5 venaient d’Inde.
Les analystes estiment que l’impact des campagnes de boycott pourrait rester circonscrit, l’Inde – pourtant pays le plus peuplé au monde – ne représentant pas un partenaire crucial pour la Turquie. Interrogé par BBC News Hindi, le Dr Omair Anas de l’Université d’Ankara attribue précisément cette absence de dépendance à la volonté turque de soutenir le Pakistan malgré les réactions indiennes.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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