La Turquie s’apprête à étendre massivement la surveillance biométrique et GPS dans le suivi judiciaire
Le ministère turc de la Justice prépare un système de surveillance biométrique et GPS via smartphone pour remplacer les contrôles en commissariat pour de nombreuses personnes sous contrôle judiciaire. Ce projet vise à étendre la capacité de surveillance numérique du pays d’environ 3 000 à près de 450 000 personnes, ont rapporté les médias turcs mercredi.
Les rapports citent le plan d’activité 2025 du ministère et indiquent que le Système de Signature Biométrique et de Suivi (BİOSİS) est désormais au stade des appels d’offres. Le ministère affirme que ce système numérisera les obligations comme les contrôles de présence et certains travaux d’intérêt général actuellement effectués en personne.
Les tribunaux turcs peuvent placer des suspects, accusés ou condamnés sous contrôle judiciaire avec des obligations comme se présenter à heures fixes, éviter certains lieux ou effectuer des travaux d’intérêt général en alternative à l’emprisonnement. La plupart de ces obligations de contrôle seraient transférées des commissariats vers les smartphones avec ce nouveau système.
Selon les rapports, les personnes surveillées recevraient des notifications sur leur téléphone et devraient vérifier leur identité via des données biométriques (empreinte digitale ou reconnaissance faciale). Le système collecterait aussi des données GPS pour confirmer la localisation, détecter les entrées dans des zones interdites et émettre des alertes automatiques en cas de violation présumée.
L’ampleur de cette extension est frappante. Le ministère indique que l’infrastructure actuelle ne permet de surveiller qu’environ 3 000 personnes, tandis que BİOSİS est conçu pour couvrir près de 450 000 personnes sous contrôle sur tout le territoire.
Le ministère présente ce système comme une forme de surveillance moins restrictive et plus efficace, réduisant les déplacements répétés en commissariat et le besoin en personnel sur le terrain. Mais ce projet étendrait considérablement l’usage routinier de la surveillance biométrique et géolocalisée dans le système judiciaire turc.
La population carcérale turque s’élevait à 414 401 personnes au 1er avril, dont 351 887 condamnés et 62 514 prévenus, répartis dans 403 prisons d’une capacité officielle de 304 956 places – un système fonctionnant bien au-delà de ses limites.
Les dernières statistiques du ministère au 31 mars montrent 490 323 personnes sous contrôle judiciaire ou libération conditionnelle, dont 124 977 sous surveillance judiciaire et 230 600 purgeant le reste de leur peine en liberté surveillée.
Ces chiffres expliquent la volonté du ministère de déployer ce nouveau système. La Turquie compte déjà plus de personnes sous contrôle judiciaire qu’en prison, et ce passage des contrôles en commissariat à la surveillance biométrique par smartphone renforcerait la capacité de l’État à surveiller cette population à distance.
Les organisations de droits humains et observateurs internationaux dénoncent le nombre élevé de prisonniers politiques en Turquie, notamment l’usage extensif d’accusations terroristes contre des politiciens kurdes, des centaines de membres de l’opposition, journalistes, avocats, figures de la société civile et personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen.
Human Rights Watch soulignait dans son rapport 2026 que « des milliers de personnes » font toujours face à des détentions, enquêtes et procès inéquitables sur des accusations terroristes, tandis qu’Amnesty International, des experts de l’ONU et la Commission européenne critiquent les lois antiterroristes trop larges et leur usage contre toute dissidence légitime.




