La Turquie étend le contrôle présidentiel sur les entreprises municipales
La Turquie a étendu le contrôle présidentiel sur les entreprises municipales, obligeant les gouvernements locaux et leurs filiales majoritaires à obtenir l’approbation présidentielle avant de créer des sociétés ou coopératives, d’acquérir des parts ou de rejoindre de nouveaux projets.
Cette mesure a été promulguée via une loi fourre-tout publiée au Journal Officiel vendredi.
L’amendement s’applique aux administrations locales, leurs agences affiliées, les unions municipales, les entreprises qu’elles ont créées et les sociétés dans lesquelles ces entités détiennent directement ou indirectement plus de 50% du capital, seules ou conjointement.
La nouvelle exigence d’approbation couvre la création de sociétés et coopératives, les apports en capital à des entreprises existantes ou futures, les acquisitions de parts (y compris les transferts gratuits) et la prise de participation en tant qu’actionnaire, associé ou membre coopératif.
Des règles antérieures exigeaient déjà une approbation présidentielle pour que les municipalités créent des entités commerciales ou effectuent des apports en capital. Mais selon des analyses juridiques, la formulation précédente n’exigeait pas clairement d’approbation lorsqu’une entreprise municipale en créait une autre.
Ce changement intervient alors que le gouvernement intensifie la pression sur les administrations locales contrôlées par le Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition qui a battu le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan lors des élections locales du 31 mars 2024. Le CHP est arrivé en tête au niveau national pour la première fois depuis 1977, remportant plusieurs grandes villes dont Istanbul, Ankara, Bursa, Antalya et Adana.
Depuis, des responsables de l’opposition accusent le gouvernement d’utiliser enquêtes criminelles, suspensions, nominations d’administrateurs, votes au conseil municipal et défections pour affaiblir le contrôle du CHP sur les administrations locales. Vingt maires élus du CHP sont en prison, tandis que 25 ont été suspendus.
Cette campagne a commencé avec l’arrestation en octobre 2024 d’Ahmet Özer, maire CHP du district d’Esenyurt à Istanbul, avant de s’intensifier après l’emprisonnement en mars 2025 du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, principal rival politique d’Erdoğan et candidat présidentiel du CHP.
Ce dernier changement juridique donne à la présidence un rôle direct dans des décisions pouvant affecter les finances, le personnel et les capacités de service des municipalités dirigées par l’opposition. Les entreprises municipales étant utilisées pour les services publics et activités commerciales, cette exigence d’approbation dépasse le simple cadre du droit des sociétés.
L’amendement suit également une décision de justice annulant jeudi le congrès du CHP de 2023, écartant de fait son dirigeant Özgür Özel et réinstallant l’ancien président Kemal Kılıçdaroğlu. Ce jugement s’ajoute à une répression judiciaire sans précédent contre le CHP depuis 2024, avec des centaines de membres et élus du parti placés en détention.




