La Turquie enregistre une nette détérioration des droits humains en 2025 avec 2 335 morts liées à des violations
Au moins 2 335 personnes sont mortes en Turquie durant les onze premiers mois de 2025 en raison de violations du droit à la vie, ont déclaré des groupes de défense des droits humains, alertant sur une nette détérioration du bilan global du pays en la matière, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
Dans une déclaration commune marquant la Journée des droits de l’homme le 10 décembre, l’Association des droits humains (İHD) et la Fondation des droits humains de Turquie (TİHV) ont signalé des restrictions généralisées des libertés fondamentales et des milliers de morts évitables, allant des féminicides aux accidents du travail, en passant par une recrudescence des abus en détention, incluant torture, mauvais traitements et privation des droits fondamentaux des détenus.
Les groupes ont indiqué que 1 956 personnes ont perdu la vie dans des accidents du travail, 271 femmes ont été assassinées, 60 mineurs ont été tués et 26 appelés du contingent sont morts suite à des accidents, suicides ou circonstances suspectes.
Les groupes ont également mis en garde contre une recrudescence des disparitions forcées depuis 2016, qualifiant cette tendance de « profondément alarmante ». L’İHD a déclaré avoir reçu 37 plaintes liées à des enlèvements ou tentatives de recrutement forcé par des acteurs liés aux services de sécurité.
L’İHD et la TİHV ont aussi rapporté une répression gouvernementale continue contre les municipalités dirigées par l’opposition. Durant l’année, 38 élus locaux, dont 22 maires ou co-maires, ont été placés en détention provisoire et 21 ont été arrêtés. Deux provinces et trois municipalités de district ont été placées sous tutelle administrative, tandis que 17 autres maires ont été destitués.
Les autorités ont également pris pour cible des organisations de la société civile, interpellant au moins 131 membres ou dirigeants d’associations, syndicats ou ordres professionnels, et en arrêtant 60 d’entre eux.
Les interventions policières lors de manifestations pacifiques sont restées monnaie courante. Les forces de sécurité ont interpellé 2 345 personnes lors de rassemblements, blessant au moins 131 personnes, tandis que 1 165 autres ont été arrêtées lors de perquisitions domiciliaires. Les manifestations portant sur les droits des femmes et des personnes LGBTQ+ ont aussi été ciblées, avec 377 interpellations lors de 25 rassemblements interdits ou dispersés.
La population carcérale turque a atteint un record de 433 543 détenus au 2 décembre, soit une multiplication par sept en deux décennies, tandis que 460 921 autres personnes étaient sous contrôle judiciaire. Les groupes ont souligné que les inquiétudes persistantes sur le respect des procédures et l’érosion des garanties légales depuis l’état d’urgence post-2016 restent des facteurs clés de l’incarcération massive et de la détérioration des conditions.
Au moins 16 détenus sont morts en détention provisoire en raison de maladies, suicides ou autres causes, ont rapporté les groupes. 321 autres prisonniers ont subi des actes de torture ou des mauvais traitements. L’İHD et la TİHV ont également documenté 1 412 détenus malades, dont 335 dans un état grave.
Le rapport note par ailleurs que la Turquie détient 5 094 mineurs en prison, dont 3 407 en détention provisoire.
Concernant la liberté d’expression, les groupes ont affirmé que la pression gouvernementale et le contrôle des médias, qui s’étaient intensifiés durant l’état d’urgence déclaré en 2016, restaient à des niveaux alarmants en 2025. Au moins 101 journalistes et professionnels des médias ont été interpellés et 52 emprisonnés cette année. Un journaliste a été tué et sept autres blessés dans des attaques.
Les autorités ont bloqué l’accès à 28 900 contenus en ligne et 71 sites web, tandis que les comptes sur les réseaux sociaux de 19 journalistes ont été restreints. Des poursuites judiciaires ont également été engagées contre au moins 60 artistes et écrivains, ainsi que plusieurs créateurs de contenus.
Les restrictions persistantes de la Turquie sur les droits et libertés fondamentaux ont été critiquées par des organisations internationales comme l’ONU, l’UE et le Conseil de l’Europe, ainsi que par des groupes de défense des droits humains, exhortant le gouvernement à cesser de violer les standards internationaux et à rétablir les garanties essentielles.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




