La Turquie confrontée à l’expansion du crime organisé alors que les faiblesses systémiques s’aggravent sous les 23 ans de règne d’Erdogan
Levent Kenez/Stockholm
La Turquie est confrontée à un problème croissant de crime organisé, selon des chiffres et évaluations documentés dans les débats budgétaires parlementaires du 17 novembre. Les données du ministère de l’Intérieur indiquent une recrudescence des grands réseaux criminels opérant dans les principales villes et régions frontalières. Ces informations reflètent également une inquiétude grandissante quant à la capacité du pays à contenir ces structures après plus de deux décennies sous le même gouvernement dirigé par le président Recep Tayyip Erdogan.
Les documents présentés au parlement montrent que les autorités ont démantelé 552 groupes du crime organisé durant les 10 premiers mois de 2025 et arrêté 6 788 personnes. Les biens saisis liés à ces groupes s’élèvent à 76 milliards de livres (environ 1,8 milliard de dollars). Ces chiffres ont été présentés comme indicateurs de la capacité d’action des forces de l’ordre. L’ampleur des opérations illustre également l’enracinement des structures illégales.
Les informations présentées lors de la session ont cité la position de la Turquie dans l’Indice mondial du crime organisé 2025, où le pays se classe 10e sur 193. L’indice place la Turquie au 7e rang mondial dans la catégorie mesurant les acteurs criminels opérant au sein des structures étatiques. Les documents montrés dans l’hémicycle ont comparé la position de la Turquie avec des pays européens et autres, révélant une situation pire que de nombreux pays à économie plus petite ou capacité d’action moindre.

Les déclarations enregistrées lors du débat ont souligné à plusieurs reprises que la Turquie est gouvernée par la même direction politique depuis 2002. Plusieurs commentaires de députés de l’opposition ont pointé des entités criminelles qui se sont enracinées durant cette longue période. Les observations faites pendant la session ont décrit l’émergence de nouveaux types de gangs et réseaux locaux ces dernières années, alors que l’attention était dirigée vers des restrictions sans lien avec le crime organisé. Le débat a conclu que ces structures ont pu s’étendre dans les centres urbains sans intervention cohérente.
Des inquiétudes ont également été exprimées concernant les modes d’action des forces de l’ordre. Une référence a été faite aux 145 gangs démantelés à Istanbul, suivie de questions sur la formation et l’expansion de tels groupes avec accès à des financements d’armes et à de la main-d’œuvre sans action précoce de l’État. Les informations ont souligné que ces organisations ne sont pas apparues soudainement et que leur croissance indique une vulnérabilité systémique.
Les participants ont demandé pourquoi les taux de criminalité n’avaient pas baissé malgré des milliers d’opérations chaque année. La session a inclus des références à l’expansion de la consommation de drogues au cours de la dernière décennie et à la résurgence de l’influence d’organisations de type mafieux. Des comparaisons ont été faites entre les fréquents raids promus sur les comptes officiels et la montée continue de réseaux complexes. D’autres remarques ont noté la propagation de drogues synthétiques et une forte baisse de l’âge moyen des nouveaux consommateurs.
Les données d’exécution budgétaire ont fourni un contexte supplémentaire. Dans la catégorie des programmes anti-addiction, seulement 462 millions de livres (10,94 millions de dollars) sur une enveloppe de 7,341 milliards de livres (173,8 millions de dollars) ont été utilisés en 2025. Un schéma similaire était apparu l’année précédente. Cette faible utilisation a été citée comme preuve que les causes de l’expansion criminelle n’étaient pas correctement traitées.
Les débats ont également détaillé une importante faille dans le système policier. Un consommateur de drogue de 29 ans a infiltré les forces de l’ordre avec des documents falsifiés et obtenu l’accès à des systèmes protégés. L’incident a été décrit comme un exemple de fragilité institutionnelle et comme une indication de la portée que peuvent atteindre les acteurs criminels dans les conditions actuelles.
Les discussions se sont ensuite concentrées sur les chiffres distribués par le ministère de l’Intérieur dans une brochure. Selon les données, 1 367 groupes du crime organisé ont été démantelés durant le mandat actuel du gouvernement. Les réactions dans l’hémicycle ont souligné que si ces groupes dataient de périodes antérieures, alors les nouveaux chiffres confirment l’échec des précédentes administrations à contrôler la croissance criminelle. S’ils se sont formés durant la période actuelle, alors les données reflètent des lacunes persistantes.
Les représentants du ministère de l’Intérieur ont déclaré au parlement que la Turquie contraint désormais les entités criminelles à fuir et ne leur fournit plus de protection au sein de l’État. Le ministère a décrit une surveillance continue des frontières et rapporté un grand nombre de saisies de stupéfiants et de raids sur des réseaux financiers. Ces informations ont été présentées comme preuve de la force opérationnelle, avec des soutiens affirmant que les agences de sécurité maintiennent une pression constante sur les structures illégales.
Les débats reflètent un thème récurrent. La Turquie fait face à un environnement de crime organisé étendu, lié au trafic de drogue, à la contrebande d’êtres humains, à la production illégale d’armes, aux marchés de contrefaçon, à la fraude financière et aux schémas cybercriminels. Ces problèmes se sont développés durant une période politique marquée par une gouvernance centralisée et un équilibre institutionnel limité. Les inquiétudes persistent concernant la transparence, l’indépendance judiciaire et l’application inégale des lois.
Procès-verbal du débat parlementaire du 17 novembre 2025 :
Selon l’Indice mondial du crime organisé 2025, la Turquie est devenue un point de transit important pour la cocaïne en provenance d’Amérique latine vers les marchés européens, russes et caucasiens, tout en continuant à servir de corridor pour l’héroïne afghane. Le score de criminalité pour la Turquie est de 7,20, plaçant le pays au 10e rang mondial. Le score de résilience est de 3,96, indiquant une faible capacité institutionnelle. Le rapport accompagnant l’indice note l’activité des groupes de style mafieux turcs en coopération avec des cartels étrangers. Il enregistre également des réseaux criminels étrangers opérant en Turquie et mentionne des allégations impliquant des individus liés à l’État dans des affaires de stupéfiants, trafic d’armes, commerce de contrefaçon et contrebande. D’autres sections décrivent le trafic d’êtres humains, la contrebande de migrants, les crimes financiers, la cyberfraude, les délits environnementaux, les préoccupations de corruption et les restrictions sur les médias et la société civile. Ces points correspondent étroitement aux problèmes soulevés dans les débats parlementaires.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Nordic Monitor.
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