La Turquie autorise une enquête sur un maire pro-kurde après une attaque mortelle de chien errant
Les points importants
- Enquête ministérielle : Le ministère de l’Intérieur autorise une enquête contre le maire pro-kurde Davut Acar après qu’un chien errant a tué un enfant.
- Manquements municipaux : La municipalité de Saray n’a pas respecté ses obligations légales concernant les animaux errants, malgré des plaintes répétées.
- Précédent controversé : Cette décision pourrait créer un précédent et alimenter les craintes d’une instrumentalisation politique de la loi sur les animaux errants.
Le ministère turc de l’Intérieur a autorisé une enquête sur un maire pro-kurde après qu’un chien errant a tué un enfant de 5 ans et blessé son frère de 9 ans dans la province orientale de Van, a rapporté mercredi le quotidien Karar.
Le ministère a indiqué qu’une inspection civile relative à l’attaque du 29 avril dans le district de Saray, à Van, avait été achevée et que l’autorisation avait été accordée pour enquêter sur le maire de Saray, Davut Acar, du Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM Party, pro-kurde), pour présumée négligence dans l’exercice de ses fonctions municipales.

Selon le ministère, Hamza Özsoy, 5 ans, a été tué et Ayaz Özsoy, 9 ans, a été blessé lors de l’attaque.
L’inspection a révélé que la municipalité de Saray n’avait pas respecté ses obligations légales en matière de collecte, de soin et de réhabilitation des animaux errants.
Le ministère a indiqué que des habitants, des chefs de quartier et des institutions publiques avaient déposé à plusieurs reprises des plaintes écrites et verbales concernant les chiens errants dans le district, mais que la municipalité n’avait pas procédé au regroupement des animaux.
Le ministère a également rejeté l’affirmation de la municipalité selon laquelle elle ne disposait pas d’un véhicule adapté, précisant que les registres officiels montraient que le véhicule de service concerné avait été restitué à la municipalité.
« Notre ministère continuera avec détermination à protéger la sécurité de nos citoyens et à veiller à ce que les agents publics assument pleinement leurs responsabilités », a déclaré le communiqué.
Karar a qualifié cette décision de première pour le ministère de l’Intérieur et a estimé qu’elle pourrait créer un précédent pour les municipalités accusées de ne pas respecter les exigences légales en matière d’animaux errants.
Cette affaire devrait raviver les inquiétudes soulevées par les partis d’opposition et les défenseurs des droits des animaux lorsque la Turquie a adopté en 2024 une loi controversée sur les animaux errants.
Les critiques avaient alors averti que cette loi pourrait être utilisée pour faire pression sur les municipalités dirigées par l’opposition, ainsi que pour conduire à l’enfermement massif ou à l’abattage des animaux.
La loi a élargi les pouvoirs des municipalités pour retirer les chiens errants des rues et les placer dans des refuges. Le gouvernement a affirmé que cette mesure était nécessaire pour répondre aux préoccupations de sécurité publique, notamment les attaques de chiens, les accidents de la circulation et les risques de rage.
Le Parti républicain du peuple (CHP) a saisi la Cour constitutionnelle en août 2024 pour demander l’annulation de la plupart des dispositions de la loi, arguant qu’elles violaient le droit à la vie et contredisaient les accords internationaux. La Cour a rejeté le recours en mai 2025, laissant la loi en vigueur.
Les défenseurs des droits des animaux affirment que les autorités devraient se concentrer sur la stérilisation de masse, la vaccination, l’adoption et des services municipaux renforcés, plutôt que sur des campagnes de collecte à grande échelle qui pourraient laisser les animaux dans des refuges surpeuplés ou mal surveillés.
La question est revenue à l’ordre du jour national début juin, lorsque la police d’Ankara a ordonné aux municipalités de la capitale de rassembler les chiens errants avant un sommet de l’OTAN prévu les 7 et 8 juillet. Les autorités locales ont été invitées à retirer les animaux des itinéraires empruntés par les délégations du sommet ainsi que des abords des sites, aéroports et hôtels.
Cette décision intervient également dans un contexte de pression sur les municipalités d’opposition en Turquie, où les critiques du gouvernement accusent depuis longtemps le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir d’utiliser des outils administratifs et judiciaires pour cibler les maires élus des partis d’opposition.
Le gouvernement nie que ces actions soient motivées politiquement et affirme que les agents publics sont tenus pour responsables lorsqu’ils ne remplissent pas leurs fonctions.




