La Turquie a détenu 25 journalistes en 2025, selon le baromètre des abus de RSF
Reporters sans frontières (RSF) a enregistré 25 cas de journalistes détenus en Turquie en 2025, parmi lesquels des animateurs YouTube, des présentateurs télé et des employés d’un célèbre magazine satirique, selon un baromètre qui recense selon RSF les abus liés au travail journalistique.
La base de données « Abus en temps réel » de l’ONG basée à Paris liste 25 journalistes turcs ayant été détenus ou placés en résidence surveillée entre janvier et décembre 2025, dont trois toujours incarcérés fin décembre. La majorité des cas concernent des détentions de courte durée (jours ou semaines), souvent suivies d’une libération sous contrôle judiciaire.
Parmi les noms figurent des présentateurs et commentateurs médiatiques comme Fatih Altaylı, animateur d’un talk-show politique sur YouTube détenu depuis le 22 juin 2025, ou Merdan Yanardağ, présentateur sur la chaîne d’opposition Tele1, arrêté le 26 octobre et toujours emprisonné. Le baromètre mentionne aussi l’arrestation le 15 mai du rédacteur Furkan Karabay et une série de brèves interpellations de reporters et photojournalistes couvrant des manifestations.
Les données de RSF révèlent des vagues d’arrestations ciblant particulièrement les couvertures de manifestations et les sujets politiquement sensibles.
Le 25 mars, la police a interpellé pour une journée le photographe de l’AFP Yasin Akgül, le photoreporter indépendant Bülent Kılıç et les journalistes Zeynep Kuray et Ali Onur Tosun pendant leur travail.
En février et mars, le journaliste d’investigation d’Halk TV İsmail Saymaz et l’animatrice YouTube Özlem Gürses ont été placés en résidence surveillée.
Les rédacteurs et employés de l’hebdomadaire satirique LeMan, référence en Turquie, apparaissent également dans le baromètre. Le rédacteur en chef Aslan Özdemir a été détenu du 12 juillet au 26 septembre, tandis que son collègue Zafer Aknar et les employés Cebrail Okcu, Doğan Pehlevan et Ali Yavuz subissaient le même sort, signe de la pression croissante sur la satire critique dans un paysage médiatique dominé par les médias pro-gouvernementaux.
RSF précise exclure les journalistes dont la détention n’est pas clairement liée à leur activité journalistique – une méthodologie qui maintient artificiellement bas le chiffre officiel des emprisonnements, malgré une décennie de procès pour « terrorisme » visant des reporters.
Si RSF ne compte que trois journalistes encore emprisonnés en Turquie, le projet de monitoring Expression Interrupted (géré par la plateforme P24 pour un journalisme indépendant) recense 27 professionnels toujours derrière les barreaux pour des accusations liées au « terrorisme », dont de nombreux reporters kurdes ou issus de médias que le gouvernement associe au mouvement Gülen.
Parmi les omissions de RSF figure Mehmet Baransu, ancien reporter du quotidien Taraf (aujourd’hui fermé), emprisonné depuis 2015 pour « secrets d’État » et « terrorisme » en lien avec ses enquêtes – un cas pourtant relevé par Expression Interrupted et le Committee to Protect Journalists (CPJ).
La liste inclut aussi la rédactrice Hatice Duman, incarcérée depuis 2003, et l’ex-directeur du Samanyolu Media Group Hidayet Karaca, en prison depuis 2014.
Des critiques estiment que la méthodologie de RSF minimise les risques encourus par de nombreux professionnels dans le contexte turc.
Les actes d’accusation pour « terrorisme » visant les journalistes kurdes ou ceux issus de médias qualifiés d’affiliés au mouvement Gülen par le gouvernement invoquent souvent des articles, titres, posts sur les réseaux sociaux ou contacts avec des sources comme preuves de soutien au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, interdit) ou au mouvement Gülen.
Les organisations locales dénoncent ces accusations fourre-tout criminalisant les reportages sur la question kurde, la corruption ou le récit du coup d’État de 2016, affirmant que toute méthodologie excluant ces cas du champ journalistique sous-estime l’ampleur de la répression.
Le nouveau bilan annuel de RSF fait état de 67 journalistes tués et 503 détenus dans le monde entre décembre 2024 et décembre 2025, la majorité des morts étant imputables aux forces armées étatiques ou aux groupes criminels.
Près de la moitié des tués ont péri à Gaza, où selon RSF les forces israéliennes ont tué près de 220 journalistes depuis octobre 2023 – dont au moins 65 explicitement ciblés pour leur travail ou morts en reportage, faisant de Gaza de loin l’endroit le plus meurtrier pour les médias durant cette période.




