La Turquie a arrêté au moins 29 journalistes en 2025, selon un rapport de surveillance des médias
Les autorités turques ont arrêté au moins 29 journalistes en 2025, selon les rapports de surveillance des médias BIA, une série documentant les violations de la liberté de la presse qui révèle une instrumentalisation croissante des tribunaux, de la police et des régulateurs pour museler les reportages critiques.
Ces rapports, publiés par le programme pour la liberté des médias de l’agence Bianet, recensent arrestations, poursuites, amendes aux diffuseurs et censure en ligne touchant journalistes et médias à travers la Turquie. Les défenseurs des droits des médias y voient un schéma persistant de pression juridique et économique sur le journalisme indépendant.
Outre les journalistes emprisonnés, 58 autres ont été interpellés ou placés en garde à vue en 2025, selon le rapport. Trois ont subi des mois d’assignation à résidence, tandis que des dizaines d’autres étaient sous contrôle judiciaire restreignant leurs déplacements ou les obligeant à se présenter régulièrement aux autorités. Beaucoup couvraient des manifestations, des procès ou des allégations de malversations gouvernementales.
Les poursuites ont invoqué diverses lois, dont la législation antiterroriste et des articles du code pénal criminalisant l’insulte au président. Certains journalistes ont été accusés d’espionnage ou de « menace » contre le chef de l’État.
Le rapport documente l’usage persistant de l’article 299 du code pénal turc, qui punit l’insulte présidentielle. Malgré une décision de 2021 de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) jugeant cette disposition contraire à la liberté d’expression, les tribunaux turcs l’ont encore appliquée en 2025. Deux condamnations ont été prononcées sur ce fondement durant l’année.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Recep Tayyip Erdoğan il y a plus de deux décennies, environ 80 journalistes ont été emprisonnés ou condamnés à des amendes pour insulte, selon le rapport.
D’autres peines de prison ont été prononcées au titre du code pénal ou de la loi antiterroriste. Au total, 28 journalistes ont été condamnés en 2025, écopant de plus de 45 ans de prison cumulés, plus des amendes. Quarante-et-un journalistes et dessinateurs ont été acquittés, souvent après des procès qualifiés d’arbitraires par les observateurs.
La pression réglementaire s’est accentuée parallèlement aux procédures judiciaires. Le régulateur audiovisuel RTÜK a infligé 32,8 millions de livres turques (7,5 millions de dollars) d’amendes à des chaînes en 2025 pour leurs contenus d’information ou commentaires politiques. Plusieurs médias critiques ont frôlé la suspension de licence, seuil pouvant entraîner leur disparition. Cinquante-deux sanctions ont visé des télévisions opposées au gouvernement.
Le rapport relève aussi une censure en ligne massive. Les tribunaux ont bloqué au moins 81 articles en 2025, invoquant souvent la sécurité nationale ou l’ordre public. Les autorités ont aussi restreint l’accès à des comptes sociaux de journalistes, y compris basés à l’étranger, et réduit la bande passante lors de manifestations, limitant l’accès à l’information.
La Cour constitutionnelle turque a donné raison à des journalistes dans plusieurs affaires, reconnaissant des violations de la liberté d’expression et ordonnant à l’État de verser près de 386 000 livres (90 000 dollars) d’indemnités. Mais ces décisions n’ont pas empêché de nouvelles arrestations, déplorent les associations.
Le rapport recense aussi des agressions physiques : au moins 28 journalistes et deux médias attaqués en 2025, plus 10 professionnels menacés ou harcelés en ligne ou dans l’espace public. Les organisations de presse alertent sur l’impunité de ces violences, qui alimentent un climat d’intimidation.
Selon les défenseurs des médias, l’effet cumulé de ces mesures rend le journalisme indépendant toujours plus vulnérable en Turquie, dans un contexte de baisse des revenus et d’insécurité juridique pour les rédactions.
La Turquie occupe le 159e rang sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières (RSF), figurant parmi les pires élèves en la matière.
Cet article est republié depuis le Stockholm Center for Freedom.




