La retraite en Turquie devient une lutte pour survivre plutôt qu’une période de repos : rapport
La retraite en Turquie est devenue une lutte pour survivre plutôt qu’une période de repos pour de nombreux retraités, selon un nouveau rapport citant des recherches montrant que la proportion de retraités travaillant ou cherchant du travail est passée de 36,6 % en 2002 à 65,7 % fin 2024.
L’étude, intitulée “Pauvreté des retraités en Turquie” et publiée en mai, a été conçue par le Forum Institute for Social Research, avec un travail de terrain réalisé par le sondeur Verita Analitik et le soutien de la Fondation Friedrich Ebert (FES), une fondation politique allemande. Elle s’appuie sur un sondage auprès de 400 retraités réalisé du 21 au 26 février et 40 entretiens approfondis.
Le rapport ne prétend pas représenter tous les retraités turcs. Il se concentre sur ceux qui continuent à travailler ou cherchent un emploi, attribuant cette décision à des pressions financières. Les chercheurs estiment que ce groupe reflète l’un des points de rupture les plus nets du système de retraite turc : être retraité mais obligé de travailler pour survivre.
Le rapport indique que la population vieillissante turque augmente tandis que le système de retraite subit des pressions. Le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus a atteint 9,58 millions en 2025, représentant 11,1 % de la population, tandis que le taux de dépendance des personnes âgées est passé à 16,2 %, selon les données de l’Institut turc de la statistique (TurkStat) citées dans l’étude.
Selon l’étude, 89,4 % des retraités interrogés ont déclaré que la nécessité financière était la principale raison pour laquelle ils continuaient à travailler après la retraite. Par ailleurs, 88,7 % ont approuvé l’affirmation : « Je ne peux pas arrêter de travailler ; je dois travailler pour joindre les deux bouts. »
Les résultats montrent également que 88,8 % des répondants ne peuvent subvenir à leurs besoins fondamentaux sans travailler, tandis que 75,8 % cesseraient de travailler si leur pension augmentait. Cela révèle que le travail post-retraite est principalement motivé par des pressions financières plutôt que par un désir volontaire de rester actif.
Le rapport contextualise ces résultats par une détérioration plus large des revenus des retraités. Le salaire minimum net mensuel turc a été fixé à 28 075,50 livres (620 $) pour 2026, tandis que la pension minimale a été portée à 20 000 livres (440 $) en janvier. Les calculs parlementaires cités estiment la pension moyenne à environ 23 550 livres (520 $), ce qui signifie que la pension minimale équivaut à 71,2 % du salaire minimum et la pension moyenne à 83,9 %.
L’étude cite également des recherches de DİSK-AR, l’organe de recherche de la Confédération des syndicats progressistes (DİSK), montrant que la part des retraités travaillant ou cherchant du travail est passée de 36,6 % en 2002 à 65,7 % fin 2024, atteignant 7,9 millions de personnes.
Le rapport souligne que la pauvreté des retraités ne peut être mesurée par le seul revenu mensuel. L’étude examine la taille des ménages, le nombre de travailleurs par foyer, le revenu total du ménage, les pensions, les revenus complémentaires et la sécurité du logement pour établir un indice de pauvreté et de vulnérabilité.
Sur cet indice, 43,1 % des répondants appartiennent au groupe à faible revenu et 38,8 % au groupe inférieur-moyen. En incluant les personnes classées comme très pauvres, environ 83,5 % de l’échantillon se situe sous le niveau de revenu moyen, contre seulement 10,6 % dans la catégorie moyenne.
La pension moyenne des répondants était d’environ 25 600 livres (565 $), tandis que le revenu moyen des ménages avoisinait 55 000 livres (1 215 $). Les pensions restent centrales dans les budgets des ménages mais sont souvent insuffisantes, obligeant les retraités à compter sur le travail, les transferts familiaux, des revenus complémentaires ou l’endettement.
Un participant, identifié comme K11, a déclaré percevoir 26 000 livres (575 $) par mois sans pouvoir survivre à Istanbul malgré la propriété de son logement. Une veuve septuagénaire locataire à Istanbul (K14) a confié : « Si ma pension suffisait, je ne travaillerais pas, je resterais à la maison. À 77 ans, que fais-je ici ?… La pension ne suffit pas, ne suffit pas. »
Les emplois disponibles pour les retraités sont souvent précaires. Parmi ceux travaillant après la retraite, seuls 38 % étaient enregistrés à l’Institution de sécurité sociale (SGK), tandis que 62 % travaillaient sans couverture sociale.
Plus de la moitié des retraités actifs (56,6 %) travaillaient à temps plein. 17,6 % travaillaient à temps partiel, 16,8 % effectuaient des travaux journaliers et 9 % des emplois saisonniers. La part du travail non déclaré atteignait 85,1 % chez les travailleurs journaliers et 88 % chez les saisonniers.
Le logement est un facteur clé distinguant les retraités stables des plus précaires. 56,6 % des répondants étaient propriétaires, 30,5 % locataires et 11,6 % hébergés gratuitement.
Le fardeau est plus lourd pour les femmes. 41,9 % des retraitées étaient locataires contre 27 % des hommes. Parmi les locataires, 72,1 % ont affirmé ne pouvoir subvenir à leurs besoins sans travailler.
Les coûts de chauffage pèsent lourdement : 52,9 % ont déclaré avoir de grandes difficultés à chauffer leur logement en hiver et 23,3 % des difficultés, soit plus des trois quarts en situation de précarité énergétique. Les retraités doivent souvent choisir entre chauffage, nourriture et autres besoins.
Les dépenses de santé accentuent la pression : 56 % des répondants rencontraient des difficultés d’accès aux soins, en raison des frais médicaux, des transports ou des délais de rendez-vous malgré la couverture sociale.
L’endettement fait partie du quotidien : 66,3 % des retraités avaient des dettes (74,2 % chez les femmes), principalement des dettes de carte de crédit (98,6 %), utilisées pour combler les trous budgétaires plutôt que pour des investissements.
La capacité à faire face aux urgences est faible : 47 % ne pourraient pas trouver 20 000 livres (440 $) en un mois en cas d’urgence médicale ou de réparation, un chiffre atteignant 56 % en incluant les indécis.
La pauvreté isole socialement : 76 % ont renoncé à des activités comme aller au cinéma, rendre visite à des proches ou fréquenter les jardins de thé pour des raisons financières, reflétant un rétrécissement des liens sociaux.
L’inquiétude pour l’avenir est généralisée : 74,1 % des répondants s’inquiétaient pour leur avenir (80,7 % des femmes), craignant la maladie, la dépendance, la solitude ou de devenir un fardeau pour leurs enfants.
La crise a une dimension genrée : la pauvreté des retraitées est aggravée par le travail de soin non rémunéré, les carrières hachées, les pensions plus faibles, le veuvage et l’insécurité immobilière. Le rapport plaide pour des politiques adaptées aux femmes âgées vivant seules.
Les recommandations politiques incluent : réévaluer la pension minimale selon les coûts de vie réels, indexer les pensions sur les dépenses spécifiques des seniors (loyer, énergie, médicaments), créer des aides au logement pour les locataires retraités et alléger le poids de l’endettement.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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