La préfecture du sud-est de la Turquie interdit un rassemblement pro-kurde pour la libération d’Öcalan
La préfecture de Diyarbakır, dans le sud-est de la Turquie, a interdit un rassemblement appelant à la libération du leader emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan, invoquant des risques pour l’ordre public dans un contexte de tensions régionales exacerbées par les développements en Syrie, a rapporté l’agence Anka.
Cette manifestation, organisée par le parti pro-kurde DEM (Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples) et initialement prévue le 4 janvier avant d’être reportée pour cause de mauvais temps, devait se tenir le 25 janvier sur la place İstanbul, dans le quartier Yenişehir de Diyarbakır.
Dans un communiqué jeudi, la préfecture a annoncé l’interdiction de tout rassemblement public – manifestations, marches ou déclarations à la presse – dans toute la province du 23 au 26 janvier.
Les autorités ont justifié cette décision par des craintes que l’événement ne serve de prétexte à des troubles avant, pendant ou après son déroulement.
Le communiqué évoque des « développements récents en Turquie et dans les pays voisins » susceptibles d’affecter la région, sans plus de précisions.
Cette décision survient alors que les tensions montent en Syrie du Nord-Est, où le gouvernement syrien progresse dans des zones longtemps contrôlées par les Forces démocratiques syriennes (FDS) à dominante kurde.
Ankara soutient l’offensive de Damas et considère les FDS comme une émanation du PKK, qualifié d' »organisation terroriste » par la Turquie et ses alliés occidentaux. Le parti DEM accuse quant à lui le gouvernement syrien de perpétrer un « génocide » contre les Kurdes avec le soutien de la Turquie et de puissances internationales.
Les appels à la libération d’Öcalan, emprisonné sur l’île d’İmralı en mer de Marmara depuis 1999, se multiplient malgré les pourparlers de paix en cours avec le PKK.
Ce nouveau processus a été initié en octobre 2024 par Devlet Bahçeli, leader du Parti d’action nationaliste (MHP, extrême droite), allié clé du gouvernement. Ce dernier avait publiquement exhorté Öcalan à pousser le PKK à déposer les armes.
Bahçeli avait laissé entendre qu’Öcalan pourrait être libéré s’il renonçait au terrorisme. Le leader kurde avait répondu en février par un appel au désarmement du PKK, que ce dernier a entériné en mai, déclarant avoir « accompli sa mission historique ».
En juillet, 30 militants ont symboliquement brûlé leurs armes dans le nord de l’Irak, premier pas vers la fin d’un conflit ayant fait plus de 40 000 morts.
L’interdiction de la préfecture contraste avec les déclarations de Bahçeli en décembre, qui s’était dit favorable au rassemblement : « Je ne vois rien de répréhensible à ce que le parti DEM manifeste le 4 janvier 2026. Qu’ils expriment leurs attentes ! Où est le problème ? »
Le leader du MHP avait salué les efforts du DEM pour s’imposer comme parti national, mais rappelé qu’Öcalan lui-même n’avait pas exigé sa libération en 2025. « Seul son appel nous lie », a-t-il insisté, avertissant que toute divergence du PKK ou du DEM risquait de compromettre l’objectif d' »une Turquie sans terrorisme ».
L’issue de ce processus reste incertaine : une tentative similaire en 2013 avait échoué après deux ans, relançant les affrontements.




