La nouvelle salle d’audience carcérale turque peut accueillir des procès massifs de centaines d’accusés
La Turquie construit une immense nouvelle salle d’audience dans son plus grand complexe pénitentiaire à la périphérie d’Istanbul, capable d’accueillir des procès massifs impliquant des centaines de prévenus.
Les autorités affirment que cette salle, actuellement en construction au complexe pénitentiaire de Marmara près de la ville de Silivri à l’ouest d’Istanbul, pourra accueillir 2 295 personnes et deviendra la plus grande salle d’audience du pays une fois achevée. Ce complexe, longtemps connu sous son ancien nom de prison de Silivri, détient déjà de nombreux prisonniers politiques, journalistes et personnes incarcérées en vertu des larges lois antiterroristes turques.
Selon des rapports des médias pro-gouvernementaux s’appuyant sur un briefing du ministère de la justice, le projet a été lancé après que le procureur en chef de Bakırköy, Barış Duman, a inspecté les salles d’audience existantes à la prison de Marmara et signalé des problèmes de « capacité et de sécurité ». Après consultation avec le procureur en chef d’Istanbul Akın Gürlek, le ministère a demandé à l’Administration turque du logement (TOKİ) de construire une nouvelle salle dans l’enceinte de la prison.
Le nouveau bâtiment couvrira environ 11 000 mètres carrés. La salle d’audience principale occupera 3 240 mètres carrés et pourra accueillir simultanément 555 accusés, 1 268 avocats et 472 membres du public et de la presse. Le projet prévoit également des réfectoires séparés, des salles de travail pour procureurs et juges, ainsi qu’une infrastructure numérique pour accéder aux dossiers pendant les audiences.
La sécurité est au cœur de la conception. Les autorités affirment que jusqu’à 500 gendarmes seront déployés pendant les audiences. Les accusés transiteront entre les blocs cellulaires et la salle d’audience via des tunnels souterrains, sans contact avec l’extérieur.
Les responsables présentent ce projet comme une réponse technique à l’augmentation des procès impliquant des centaines d’accusés en Turquie.
Le complexe pénitentiaire de Marmara a ouvert en 2008 comme site à haute sécurité à l’ouest d’Istanbul. Il détient plusieurs milliers de détenus répartis en multiples blocs et est devenu un symbole du régime du président Recep Tayyip Erdoğan.
Ce complexe est devenu un centre pour les procès visant les sympathisants du mouvement Gülen et les activistes kurdes au cours de la dernière décennie.
Récemment, les autorités ont délocalisé des audiences sensibles du palais de justice de Çağlayan vers l’enceinte pénitentiaire. Le procès en cours pour fraude du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, accusé d’avoir utilisé un faux diplôme universitaire, y est jugé. De même qu’une affaire pénale concernant la direction du barreau d’Istanbul pour une déclaration critiquant les opérations militaires turques en Syrie.
Les critiques soulignent que tenir des procès dans une prison plutôt qu’au palais de justice rend plus difficile l’accès du public, des diplomates étrangers et des journalistes aux audiences.
Le calendrier et la taille de la nouvelle salle d’audience attirent une attention particulière car les procureurs ont récemment déposé une vaste accusation de « corruption » contre la municipalité métropolitaine d’Istanbul dirigée par l’opposition. Cette affaire impliquerait des centaines d’employés municipaux et d’entrepreneurs, nécessitant un espace important pour les accusés, avocats, proches et observateurs lors des audiences.
Des observateurs lient le calendrier de construction accéléré à cette accusation et à d’autres méga-procès attendus, suggérant que l’État se prépare à de nouvelles vagues de procès massifs visant l’opposition, les milieux d’affaires et les médias.
Les groupes de droits de l’homme ont documenté des allégations de surpopulation et de mauvais traitements à la prison de Marmara au cours de la dernière décennie. D’anciens détenus et avocats décrivent des conditions précaires, un accès limité à l’eau chaude, des fouilles corporelles fréquentes et des cellules punitives. Des organisations internationales, dont des experts de l’ONU et le Conseil de l’Europe, ont exprimé des préoccupations quant à l’utilisation des lois antiterroristes pour emprisonner des journalistes, des politiciens de l’opposition et des étudiants pour des activités non violentes.
La construction de la nouvelle salle d’audience suit un calendrier accéléré, avec un objectif d’achèvement entre 60 et 120 jours. Si ce calendrier est respecté, elle pourrait être prête début 2026, à temps pour le procès de la municipalité d’Istanbul et d’autres grands procès qui façonneront le paysage politique turc dans les années à venir.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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