La décision d’un tribunal turc de destituer la direction du CHP suscite des condamnations internationales
Les condamnations internationales s’intensifient après l’annulation par une cour d’appel turque du congrès 2023 du Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition, entraînant la destitution du leader Özgür Özel et le retour de l’ancien président Kemal Kılıçdaroğlu.
Le jugement rendu jeudi par la Cour régionale de justice d’Ankara porte sur le 38e Congrès ordinaire du CHP, où Özel avait remporté face à Kılıçdaroğlu en novembre 2023 pour devenir président du parti.
Le tribunal a estimé que le congrès était juridiquement invalide, ce qui équivaut à considérer que ce vote n’a jamais eu lieu.
Le CHP a rejeté ce qu’il qualifie de « décision illégale » et a déposé des recours devant la justice et les autorités électorales.
Le Conseil électoral suprême (YSK) devait se réunir vendredi à 16h pour examiner cette objection. Certaines informations évoquaient un rejet préalable, sans confirmation officielle.
La 36e chambre civile de la Cour régionale d’Ankara a cependant rejeté une demande distincte du siège du CHP visant à lever cette mesure provisoire.
Cette décision a immédiatement provoqué des réactions au-delà des frontières turques, des responsables européens alertant sur une menace contre le pluralisme politique et la compétition démocratique.
La porte-parole des Affaires étrangères de l’UE Anitta Hipper a déclaré vendredi que la Turquie, candidate à l’UE et membre du Conseil de l’Europe, se devait de respecter les standards démocratiques et l’État de droit.
Hipper a souligné que l’annulation du congrès du CHP et la répression en cours contre ce parti – avec l’arrestation de plus de 20 maires dont Ekrem İmamoğlu à Istanbul – interrogeaient sur l’indépendance judiciaire et les droits fondamentaux.
“Les procédures judiciaires et administratives ne devraient pas servir à intimider les partis d’opposition ou entraver leur participation politique sur un pied d’égalité”, a-t-elle affirmé.
L’Internationale socialiste s’est dite « extrêmement inquiète » sur X, qualifiant cette annulation d' »acte illégal flagrant ».
“Tenter de remplacer Özgür Özel par cette procédure avec l’ancienne direction porte un coup au système démocratique turc. C’est inacceptable”, a déclaré l’organisation, exprimant sa solidarité avec Özel et la direction élue du CHP.
Statement of the Socialist International in solidarity with democracy and Özgür Özel
Declaración de la Internacional Socialista en solidaridad con la democracia y Özgür Özel
Déclaration de l’Internationale Socialiste en solidarité avec la démocratie et Özgür Özel pic.twitter.com/cU3q0Qm34Q
— Socialist International (@Soc_Intl) May 22, 2026
Le groupe PES au Comité européen des Régions a également condamné ce jugement, y voyant « une attaque contre le pluralisme politique ».
« Nous soutenons la direction légitime du CHP et ceux qui défendent la démocratie en Turquie. L’Europe ne peut rester silencieuse », a tweeté le groupe.
Overruling the democratic choice by CHP delegates at the 2023 party congress is an attack on political pluralism.
We stand in solidarity with the elected CHP leadership & those defending democracy, rule of law and political freedom in Türkiye
Europe cannot stay silent! pic.twitter.com/iAdFssHeaw
— PES Group | European Committee of the Regions (@PES_CoR) May 21, 2026
Nacho Sánchez Amor, rapporteur du Parlement européen sur la Turquie, y voit un tournant pour le système politique turc.
“Avec cette décision de ‘nullité absolue’… nous entrons dans une ère sombre. C’est un plan pour éliminer la principale opposition. L’UE ne peut plus fermer les yeux”, a-t-il tweeté.
With the decision of « absolute nullity » on the congress of CHP, Atatürk’s party, we enter into a dark era in Türkiye. It’s a well prepared plan to eliminate the main opposition party. It’s a blueprint of a fully authoritarian system. The EU can’t be blind nor silent anymore.
— Nacho Sánchez Amor (@NachoSAmor) May 21, 2026
Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a dénoncé une décision incompatible avec les ambitions européennes d’Ankara.
Lors d’une réunion de l’OTAN en Suède, il a souligné que l’annulation d’un congrès entier et la destitution d’un leader d’opposition contredisaient les engagements démocratiques de la Turquie.
Plusieurs députés allemands ont exprimé leur inquiétude selon la Deutsche Welle.
Serdar Yüksel (SPD), Max Lucks (Verts) et Derya Türk-Nachbaur (SPD) ont dénoncé une décision politique menaçant l’indépendance judiciaire, appelant l’UE à réagir.
Le CHP subit une pression croissante depuis ses victoires aux municipales de mars 2024, avec plus de 20 maires arrêtés dans ce que le parti qualifie de persécution politique.
Les accusations portaient sur des irrégularités lors du vote de 2023, notamment des achats de voix. Le CHP rejette ces allégations et dénonce une manœuvre contre sa direction légitime.
Un tribunal d’Ankara avait pourtant rejeté la même plainte en octobre 2025, arguant qu’un nouveau congrès en septembre 2025 avait réélu Özel.
Kılıçdaroğlu, qui dirigea le CHP pendant 13 ans avant sa défaite face à Özel, avait été battu par Erdogan à la présidentielle 2023.
Özel accuse régulièrement le gouvernement d’utiliser la justice pour affaiblir l’opposition avant la présidentielle de 2028, ce qu’Ankara dément.

Statement of the Socialist International in solidarity with democracy and Özgür Özel
Declaración de la Internacional Socialista en solidaridad con la democracia y Özgür Özel
Déclaration de l’Internationale Socialiste en solidarité avec la démocratie et Özgür Özel 



