La CPJ exhorte la Turquie à ne pas contester les appels des journalistes chevronnés Altan et Ilıcak
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a exhorté les autorités turques à cesser de s’opposer aux recours des journalistes chevronnés Ahmet Altan et Nazlı Ilıcak suite à leurs dernières condamnations.
Un tribunal d’Istanbul a reconnu le 12 mars Altan et Ilıcak coupables d' »aide à une organisation terroriste sans en être membres » et leur a infligé des peines de quatre ans et six mois et trois ans et neuf mois de prison respectivement. Les deux journalistes restent libres dans l’attente de leur appel.
« Les journalistes turcs Ahmet Altan et Nazlı Ilıcak ont déjà passé des années de leur vie en prison pour rien d’autre que faire leur travail », a déclaré Özgür Öğret, représentant du CPJ en Turquie.
« Ce fait ne changera pas, quel que soit le nombre de fois où ils seront rejugés. Les autorités turques devraient cesser de combattre les recours d’Altan et Ilıcak et mettre fin aux représailles contre le journalisme indépendant. »
Ce procès marque le troisième rejugement pour les deux journalistes, initialement condamnés en 2018 à la prison à vie sans libération conditionnelle pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel ». Ce verdict avait été annulé par la Cour suprême d’appel turque en 2019, estimant qu’ils devaient être jugés pour des charges moins graves.
Les rejugements ultérieurs avaient abouti à des peines réduites, mais ces décisions avaient également été annulées en appel, entraînant des procédures répétées au fil des ans. Le dernier verdict fait suite à une série de revirements, dont des décisions en 2021 et 2025 renvoyant l’affaire devant les tribunaux de première instance.
Altan et Ilıcak avaient été arrêtés après le coup d’État avorté de juillet 2016, accusés d’avoir soutenu le complot par leur travail médiatique, notamment en envoyant prétendument des « messages subliminaux » à la télévision. Les deux journalistes ont toujours nié ces accusations.
Ils ont passé plusieurs années en prison avant d’être libérés. Ilıcak a purgé plus de trois ans, tandis qu’Altan a été incarcéré pendant plus de quatre ans et demi après avoir été de nouveau arrêté peu après sa libération initiale en 2019.
Le CPJ a indiqué avoir contacté le procureur général d’Istanbul pour commentaire mais n’avait pas reçu de réponse immédiate.
Cette affaire s’inscrit dans le cadre d’une répression plus large contre les journalistes et figures médiatiques après la tentative de coup d’État de 2016, que les autorités turques imputent au mouvement Gülen, un groupe religieux inspiré par le prédicateur Fethullah Gülen. Le mouvement dénie toute implication dans le putsch.
Les organisations de défense de la liberté de la presse affirment que des dizaines de journalistes ont fait face à des accusations similaires ces dernières années.
Selon Expression Interrupted, au moins 27 journalistes sont actuellement emprisonnés en Turquie. Dans son classement mondial de la liberté de la presse 2025, Reporters sans frontières a placé la Turquie au 159e rang sur 180 pays.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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