La Cour suprême turque met en cause des ministères et autorités locales pour les explosions de 2011 ayant tué 20 travailleurs
La Cour constitutionnelle turque a statué que deux ministères, le Ministère du Travail et de la Sécurité sociale ainsi que le Ministère de l’Industrie et du Commerce, de même que les autorités locales d’Ankara, ont failli à leur obligation de protéger la vie des travailleurs suite aux explosions industrielles ayant causé la mort de 20 personnes en 2011, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
La cour a estimé que l’État avait violé son obligation de protéger la vie dans une requête individuelle déposée par Nihat Günerkaya, un proche de l’une des victimes. Elle a ordonné au tribunal administratif d’Ankara n°7 de réexaminer l’affaire à la lumière de cette décision et a accordé 30 000 livres turques (environ 630 dollars) de dommages et intérêts non pécuniaires.
Cet arrêt, publié au Journal officiel, intervient 15 ans après la catastrophe et souligne la responsabilité de l’État dans l’application des réglementations de sécurité au travail, après une longue procédure judiciaire durant laquelle les familles des victimes ont contesté les décisions antérieures.
La cour n’a pas affirmé que les institutions publiques avaient directement provoqué les explosions mais a estimé que les autorités n’avaient pas rempli leur obligation de sauvegarde de la vie par des inspections et contrôles efficaces.
L’affaire remonte à une série d’explosions et d’incendies survenus le 3 février 2011 dans la zone industrielle organisée d’Ostim et celle d’İvedik — des zones majeures de production à Ankara — où des explosions dans des installations industrielles, impliquant apparemment des bouteilles de gaz ou autres équipements sous pression, ont déclenché des incendies et des effondrements causant la mort de 20 travailleurs.
Des rapports d’experts cités lors des procédures antérieures ont pointé des manquements présumés de plusieurs institutions.
Le ministère du Travail a été critiqué pour n’avoir pas effectué d’inspections entre 2007 et 2011 et pour ne pas avoir assuré de formations à la sécurité des travailleurs ni le respect des réglementations concernant les travaux dangereux.
Le ministère de l’Industrie, dans sa structure de l’époque, a été mis en cause pour des lacunes dans le contrôle et la certification des équipements industriels sous pression.
Les autorités locales ont également été impliquées. La municipalité métropolitaine d’Ankara a été accusée de ne pas avoir correctement supervisé une entreprise fournissant des bouteilles d’oxygène liées aux explosions.
La municipalité de Yenimahalle, un district d’Ankara, a été épinglée pour ne pas avoir appliqué des ordres de fermeture contre des entreprises fonctionnant apparemment sans permis valides.
Les administrations des zones industrielles d’Ostim et d’İvedik, responsables de la gestion des parcs industriels et de la coordination des infrastructures et contrôles de sécurité, ont également été jugées défaillantes dans l’application des normes de sécurité.
Le syndicat des métallurgistes Birleşik Metal-İş a déclaré que cet arrêt démontre que les décès au travail sont évitables et liés à la négligence plutôt qu’à des accidents inéluctables.
« La protection de la vie des travailleurs n’est pas seulement la responsabilité des employeurs mais aussi un devoir fondamental de l’État », a affirmé le syndicat.
L’Observatoire turc de la santé et sécurité au travail (İSİG) a documenté 2 105 décès liés au travail en 2025, soit le total annuel le plus élevé depuis au moins dix ans, indiquant une détérioration plutôt qu’une amélioration des conditions de sécurité.
Les accidents du travail restent un problème chronique en Turquie, où la laxité dans l’application des normes de santé et sécurité continue de coûter des vies.
La Turquie avait progressé dans l’alignement de sa législation sur les normes de l’Union européenne après son statut de pays candidat en 1999 et avait ratifié les conventions pertinentes de l’Organisation internationale du Travail en 2005. Cependant, la mise en œuvre effective de ces standards reste insuffisante. Ces dernières années, un afflux de migrants et l’instabilité économique croissante ont encore sapé la sécurité au travail, tandis que les investissements dans les mesures de sécurité diminuaient et que l’emploi informel augmentait.
Le piètre bilan de la Turquie en matière de droits des travailleurs a également été souligné sur la scène internationale. Un rapport annuel de la Confédération syndicale internationale (CSI) a révélé que la Turquie figure parmi les 10 pires pays au monde pour les travailleurs des secteurs industriels. Selon la CSI basée à Bruxelles, les libertés et droits des travailleurs ont été encore plus restreints depuis les répressions policières des manifestations en 2025, tandis que les grèves et tentatives de syndicalisation étaient empêchées par les autorités.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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