La Cour constitutionnelle turque reconnaît des violations des droits dans la mort d’un enseignant en détention, notifie son épouse 9 mois plus tard
La Cour constitutionnelle turque a statué l’année dernière que les autorités turques avaient violé le droit à la vie et l’interdiction de la torture et des mauvais traitements dans le cas de l’enseignant Gökhan Açıkkollu, mort en détention policière en 2016 après son arrestation pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, la Cour n’ayant informé son épouse, Tülay Açıkkollu, que neuf mois après le verdict, a rapporté le Stockholm Center for Freedom.
Dans une décision rendue le 30 juillet 2025 et communiquée à son épouse cette semaine, la Cour a estimé que les autorités n’avaient pas fourni d’explication satisfaisante concernant les blessures subies en détention et a conclu à leur responsabilité dans le décès.
La Cour a également indiqué que le procureur avait limité son enquête à la cause immédiate du décès et aux antécédents médicaux d’Açıkkollu, sans examiner de manière adéquate les allégations de violences physiques et psychologiques infligées par les forces de l’ordre.
La Cour a transmis sa décision au parquet d’Istanbul pour remédier aux violations constatées.
Elle a cependant rejeté la plainte concernant le droit à la liberté et à la sécurité, estimant que l’épouse d’Açıkkollu n’avait pas qualité de victime indirecte pour poursuivre ce recours.
Açıkkollu est décédé d’une crise cardiaque le 5 août 2016 après 13 jours de garde à vue lors de la répression massive ayant suivi la tentative de coup d’État en Turquie. Des témoins ont affirmé qu’il avait subi des tortures physiques et psychologiques.
Le parquet d’Istanbul avait classé l’affaire le 20 décembre 2016, faute de preuves d’un facteur externe ayant causé sa mort.
Un rapport d’autopsie complémentaire du 18 janvier 2017, réalisé par l’experte Şebnem Korur Fincancı (présidente de la Fondation des droits de l’homme de Turquie), a conclu que le décès résultait des tortures subies en détention.
Sur cette base, Tülay Açıkkollu a contesté le classement initial, annulé après sept mois. Mais le parquet a de nouveau classé l’enquête en mai 2020, la poussant à saisir la Cour constitutionnelle le 16 juin 2020.
Le Comité des droits de l’homme de l’ONU avait déjà constaté en octobre 2022 des violations du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il avait aussi reconnu la souffrance infligée à son épouse et ses enfants, estimant que l’interdiction de la torture s’appliquait également à eux.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 impliquant son entourage. Après avoir qualifié ces enquêtes de « complot güleniste », il a désigné le mouvement comme « organisation terroriste » en mai 2016, intensifiant la répression après le putsch de juillet 2016 – que le mouvement Gülen nie avoir orchestré.
Selon le ministère de la Justice, plus de 126 000 personnes ont été condamnées pour liens présumés avec le mouvement depuis 2016, dont 11 085 encore emprisonnées. Près de 24 000 dossiers sont en cours, et 58 000 personnes font toujours l’objet d’enquêtes.
La torture en détention reste une préoccupation majeure depuis le putsch de 2016. Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture a documenté en novembre 2016 des pratiques systématiques dans les centres de détention turcs.
Le Comité européen pour la prévention de la torture a aussi signalé en 2017 et 2019 des niveaux alarmants de mauvais traitements policiers. La Turquie a bloqué la publication du rapport post-putsch de 2016.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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