La Cour constitutionnelle turque annule une loi sur les perquisitions numériques pour manque de garanties de protection de la vie privée
La Cour constitutionnelle turque a annulé une loi de procédure pénale autorisant les juges à ordonner des perquisitions ainsi que la copie et la saisie des ordinateurs et données numériques de suspects, estimant que ces dispositions ne prévoyaient pas suffisamment de garanties pour la protection de la vie privée et des données personnelles.
Cette décision concerne l’article 134 du Code de procédure pénale turc, principal fondement juridique utilisé par les procureurs et les tribunaux pour examiner les ordinateurs, disques durs, téléphones et autres données numériques lors d’enquêtes pénales.
La Cour n’a pas jugé que les perquisitions numériques étaient en elles-mêmes illégales, mais a estimé que la loi ne précisait pas ce que les autorités devaient faire des données personnelles après leur copie ou saisie.
La décision, datée du 12 février et publiée au Journal officiel ce lundi, entrera en vigueur le 25 février 2027, donnant neuf mois au parlement pour adopter une nouvelle loi.
L’affaire est parvenue à la Cour constitutionnelle après que le tribunal pénal de première instance de Bursa a contesté cette disposition lors d’un procès pour contrebande.
En vertu de l’article annulé, un juge pouvait ordonner la perquisition des données informatiques d’un suspect en cas de forte suspicion fondée sur des preuves et lorsque ces preuves ne pouvaient être obtenues par d’autres moyens.
Le même article permettait également aux autorités de saisir un appareil si elles ne pouvaient y accéder en raison d’un mot de passe ou de données cachées.
La Cour constitutionnelle a souligné que les ordinateurs et appareils numériques peuvent contenir de grandes quantités de données personnelles, y compris des informations sur la vie privée, les communications, les documents, les photographies, l’historique des localisations et les dossiers professionnels d’une personne.
La Cour a reconnu que la loi poursuivait un objectif légitime en aidant les autorités à enquêter sur les crimes, mais n’avait pas établi de règles concernant la durée de conservation des données copiées, les personnes pouvant y accéder, leur suppression et les limites d’utilisation après la clôture d’une affaire.
Les experts juridiques en Turquie ont interprété cette décision comme un avertissement : les règles relatives aux preuves numériques doivent couvrir l’ensemble du cycle de vie des données, de la saisie et la copie jusqu’au stockage, l’examen, la suppression et le contrôle.
Ils ont précisé que la décision n’invalide pas immédiatement les enquêtes en cours, mais offre aux avocats de la défense une nouvelle base pour contester le traitement des preuves numériques dans les affaires pénales.
Certains avocats ont également souligné que cette décision pourrait avoir un impact sur les futurs recours dans les affaires reposant sur des preuves numériques massives, y compris les affaires impliquant ByLock, une application de messagerie cryptée que les tribunaux turcs ont utilisée comme preuve dans les poursuites contre des personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen.
La Cour européenne des droits de l’homme avait précédemment condamné la Turquie pour son utilisation des preuves ByLock dans des affaires liées au terrorisme, estimant que les accusés n’avaient pas eu la possibilité de contester de manière équitable la fiabilité et l’utilisation des données numériques.
La majorité des juges de la Cour constitutionnelle a estimé que l’absence de règles sur la conservation, la suppression et les limites de traitement rendait la loi disproportionnée au regard des protections constitutionnelles de la vie privée et des données personnelles.




