La Cour constitutionnelle turque abroge le mécanisme de sursis, invoquant l’interdiction de la torture
La Cour constitutionnelle turque a statué qu’un mécanisme judiciaire permettant de suspendre certaines condamnations ne peut plus être utilisé, annulant des parties de l’article 231 du Code de procédure pénale qui autorisaient les juges à différer les verdicts dans les cas où les peines de prison n’excédaient pas deux ans.
La Cour constitutionnelle a déclaré que la loi ne prévoyait aucune garantie spécifique pour empêcher les fonctionnaires reconnus coupables de torture ou de mauvais traitements de bénéficier du mécanisme de sursis.
Comme aucune exception n’était prévue pour les cas de torture et de mauvais traitements, la cour a annulé les dispositions concernées.
L’abrogation prendra effet neuf mois après sa publication, laissant aux législateurs le temps d’amender la loi afin que le mécanisme de sursis ne s’applique pas aux condamnations pour torture et mauvais traitements.
L’arrêt, publié mercredi au Journal officiel, annule les dispositions qui permettaient aux tribunaux d’appliquer une procédure différant l’annonce d’un verdict et empêchant une condamnation de produire ses effets juridiques. Dans ce système, la condamnation n’est pas inscrite au casier judiciaire de l’accusé tant que la personne ne commet pas une infraction similaire pendant une période probatoire.
Dans son raisonnement, la cour a estimé qu’aucune garantie juridique spécifique n’empêchait cette procédure d’être appliquée aux cas de torture et de mauvais traitements commis par des fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions, concluant que cette lacune était contraire à l’interdiction absolue de la torture par la constitution. Elle a déclaré que l’autorisation de ce mécanisme dans de tels cas violait la constitution, y compris l’article 17, qui interdit la torture et les traitements inhumains ou dégradants.
La décision fait suite à une requête déposée par le Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition, qui contestait la constitutionnalité du système de report de verdict dans les cas impliquant de graves violations des droits de l’homme.
La cour a également rappelé des évaluations antérieures associant cette pratique à l’impunité, affirmant qu’elle avait causé des problèmes systémiques concernant le droit à la vie et l’interdiction de la torture et des mauvais traitements. Elle a déclaré que cette pratique avait affecté un large éventail de droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique, et manquait de protections adéquates contre les actions arbitraires de l’État.
Les groupes de défense des droits humains soutiennent depuis longtemps que l’utilisation des reports de verdict dans les cas impliquant des violences d’État a protégé les auteurs de ces actes de toute responsabilité.
La Cour constitutionnelle a précisé que l’abrogation prendra effet neuf mois après sa publication.
Cette décision intervient dans un contexte d’allégations persistantes de torture et de mauvais traitements en Turquie. Selon un rapport publié en novembre par l’Association des droits de l’homme, au moins 3 254 cas de torture ou de mauvais traitements ont été enregistrés en 2024, y compris des incidents en garde à vue, lors de manifestations et dans les prisons.
L’association a documenté des centaines de cas d’abus dans les centres de détention et a indiqué que les interventions policières lors de manifestations pacifiques représentaient la majorité des violations signalées. Elle a également enregistré des décès en détention dans des circonstances suspectes et averti que l’ampleur réelle des abus est probablement supérieure aux chiffres officiels.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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